Segalen, Victor

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(Brest, Finistère 1878-1919 im Wald von Huelgoat, Finistère) : Schriftsteller, Dichter, Marinearzt

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Jahr Text Verknüpfte Daten
1902
Victor Segalen besucht Chinatown in San Francisco und sieht sich ein chinesisches Theaterstück an. Er schreibt : "J'ai exploré aujourd'hui la 'Ville chinoise' enclavée dans l'américaine. Vingt-six…
Victor Segalen besucht Chinatown in San Francisco und sieht sich ein chinesisches Theaterstück an.
Er schreibt : "J'ai exploré aujourd'hui la 'Ville chinoise' enclavée dans l'américaine. Vingt-six mille Chinois industrieux, authentiques, peuple imuable, malgré les changements de milieu, travailleur, fourmilier, poli. J'en ai rapporté de petits bibelots absolument chinois puisqu'ils ne sont pas destinés aux Américains, mais à la vente entre Célestes : une cupule d'artoise incrustée, où le Chinois lettré délaie son encre de Chine, un pinceau monté sur bambou, et enfin – joie – du papier à lettre extraordinaire, léger, soyeux. De tous les théâtres indigènes ou exotiques flairés, cherchés ou subis, aucun ne m'a plus fortement 'étonné' que les scènes chinoises de San Francisco."
1904-1918
Segalen, Victor. Notes sur l'exotisme [ID D21561].Er schreibt : "Exotisme : qu'il soit bien dit que moi-même je n'entends par là qu'une chose, mais universelle : le sentiment que j'ai du 'Divers'. Je…
Segalen, Victor. Notes sur l'exotisme [ID D21561].
Er schreibt : "Exotisme : qu'il soit bien dit que moi-même je n'entends par là qu'une chose, mais universelle : le sentiment que j'ai du 'Divers'. Je conviens de nommer 'Divers' tout ce qui jusqu'aujourd'hui fut appelé étranger, insolite, inattendu, surprenant, mystérieux, amoureux, surhumain, héroïque et divin même, tout ce qui est 'Autre' – c'est-à-dire, dans chacun de ces mots de mettre en valeur dominatrice la part du Divers 'essentiel' que chacun de ces termes révèle."
"La sensation d'Exotisme : qui n'est autre que la notion du différent ; la perception du Divers ; la connaissance que quelque chose n'est pas soi-même ; et le pouvoir d'exotisme, qui n'est que le pouvoir de concevoir autre." "Voici un fait : je conçois autre et sitôt, le spectacle est savoureux. Tout l'exotisme est là."

Sekundärliteratur
1988
Yvonne Y. Hsieh : The relationship between 'self and other' preoccupied Victor Segalen for most of his life. The subject is inextricably linked with the concept of exoticism, on which he accumulated a series of notes. His broad definition of exoticism as 'la notion du différent', 'la perception du divers', 'la connaissance que quelque chose n'est pas soi-même' and the power of exoticism as 'le pouvoir de concevoir autre'.

(2000)
Marc Contard : L'essai se présente comme un ensemble de notes et aphorismes, des plans. En dépit de son inchèvement, cependant, malgré ses incertitudes, ses contradictions locales, l'essai nous révèle les grands principes de la poétique de Segalen, au sens le plus large : ésthétique et vision du monde. Son but est en effet de développer une conception du monde. La première tâche à laquelle il s'adonne est la redéfinition du terme même 'd'Exotisme', 'compromis', 'dangereux', 'équivoque', contaminé par l'idéologie coloniale ou par un usage touristique superficiel. Tout ce qui est 'en dehors' de l'ensemble de nos faits de conscience actuels, quotidiens, tout ce qui n'est pas notre 'tonalité mentale'.
Il est évident que, pour Segalen, l'Exotisme, dont il est venu chercher en Chine une sensation exacerbée, ne peut venir que de l'institution impériale, saisie à la fois dans l'archaïsme de ses 'Dix-mille années' et dans l'étrangeté rituelle de son focntionnement. La Chine moderne, entropique, ne l'intéresse pas et s'il a parfois des mots injustes, contre Sun Yat-sen ou même, contre le peuple chinois, c'est parce qu'il s'est construit autour de la figure de l'empereur une Chine imaginaire, idéale, intérieure, une Chine épurée par le point de vue exotique.
Car la Chine de Segalen réduite aux traces architecurales et monumentaires de la présence impériale reste und Chine littéraire, très éloignée de la réalité d'un pays alors en pleine mutation sociale. Touts sa vision de l'Empire du Milieu est dominée par la figure de l'empereur dont la symbolique et le mode rituel de gouvernement produisent sur lui un effet d'étrangeté intensément exotique.

2003
Qin Haiying : Jusqu'avant sa mort, Segalen n'a cessé de méditer sur la notion d'exotisme qu'il veut entièrement renouveler, généraliser, dépouiller de ses connotations tropicale, géographique, touristique, pour lui restituer toute sa valeur du différent, de l'autre. Parmis les diverses formulations par lesquelles Segalen tente de cerner la notion d'exotisme, la plus insistante consiste à définir celle-ci comme expérience d'une altérité qui réside à la fois dans la sensation du Divers et dans le pouvoir de 'concevoir autre'.
Essai sur l'exotisme est une série de notes restées à l'état de manuscrits inédits. Segalen n'a cessé de les rédiger, de les reformuler et de la approfondir au cours des quinze dernières années de sa vie. C'est essai devient de plus en plus une référence dans les réflexions sur le rapport entre 'nous' et 'les autres', ainsi que sur les thèmes de diversité, altérité ou relativisme culturel. On sait que la plus grande originalité de ce livre consiste en sa redéfinition totale de la notion d'exotisme. Dans le langage courant, à l'époque de Segalen comme aujourd'hui encore, l'exotisme est synonyme d'impression de pays lointains, des effets qui font penser à des coutumes et des climats étrangers. Segalen propose justement de dépouiller le mot de toutes ces connotations superficielles de courleur locale, liées à la littérature de voyage, à la littérature coloniale, tropicale. Il décide de revenir au sens premier de ce mot, à son préfixe 'exo-' qui signifie ce qui est hors de soi. L'exotisme proprement dit, c'est donc, selon lui, tout ce qui est extérieur à soi, tout ce qui étranger au sujet connaissant.
Le Divers entendu comme diversité et le Divers entendu comme altérité ne se situent pas sur le même plan, ne débouchent pas sur les mêmes conséquences. Quand Segalen se penche sur le Divers comme diversité, il produit une réflexion plutôt esthétique ; quand il se penche sur le Divers comme altérité, sa pensée se situe plutôt au niveau métaphysique. Sur le plan esthétique, il exalte la valeur du Divers, se réjouit de la diversité, mais sur le plan de la connaissance, l'altérité devient problématique. Autant la diversité est source de jouissance esthétique, autant l'altérité est source d'angoisse métaphysique. Telle est en gros la difficulté de la pensée de Segalen, d'une pensée pourtant bien cohérente dans sa propre logique.
1904-1919
Victor Segalen : Quellen.Baber, Edward Colborne. Travels and researches in Western China [ID D2409].Binyon, Laurence. Painting in the Far East [ID D21512].Bushell, Stephen. Inscriptions from the…
Victor Segalen : Quellen.
Baber, Edward Colborne. Travels and researches in Western China [ID D2409].
Binyon, Laurence. Painting in the Far East [ID D21512].
Bushell, Stephen. Inscriptions from the tombs of the Wu family [ID D21514].
Chavannes, Edouard. Mission archéologique dans la Chine septentrionale [ID D5098].
Chavannes, Edouard. La sculpture sur pierre en Chine au temps des deux dynasties Han [ID D2544].
Cheu king. Trad. par Séraphin Couvreur [Shi jing]. [ID D2588].
Chou king. Trad. par Séraphin Couvreur [ID D1601].
Combaz, Gisbert. Les palais impériaux de la Chine [ID D21518].
Combaz, Gisbert. Les sépultures impériales de la Chine [ID D21511].
Couvreur, Séraphin. Cérémonial [Yi li]. [ID D3016].
Favier, Alphonse. Péking : histoire et description [ID D21832].
Fenollosa, Ernest F. Epochs of Chinese and Japanese arts [ID D5101].
Gaillard, Louis. Nankin d'alors et d'aujourd'hui : Nankin port ouvert [ID D21515].
Jiangning fu zhi. [Nanjing].
Groot, J.J.M. de. The religious system of China [ID D787].
Lao-tseu. Tao-te-king. Trad. par Stanislas Julien [ID D2060].
Laozi. Dao de jing [in Chinesisch].
Laufer, Berthold. Chinese grave-sculptures of the Han period [ID D1064].
Le Kie tseu yuan houa tchouan. Trad. par Raphaël Petrucci [ID D21513].
Les quatre livres. Trad. par Séraphin Couvreur [ID D1576].
Li ki. Trad. par Séraphin Couvreur [ID D1642].
Liu, Xihai. Jin shi yuan. ([S.l.] : Lai feng tang, 1848). [Inscriptions].
Ollone, Henri d'. Les dernier barbares [ID D2911].
Paléologue, Maurice. L'art chinois [ID D21517].
Les pères du système taoiste : I. Lao-tzeu, II. Lie-tzeu, III. Tchoang-tzeu. Trad. par Léon Wieger. [ID D5546].
Petrucci, Raphaël. La philosophie de la nature dans l'art d'Extrême-Orient [ID D7096].
Ping, Yanhai. Jin shi suo. ([S.l. : s.n.], 1822]. [The research in metal and stone engravings].
[Sima, Qian]. Les mémoires historiques de Se-ma Ts'ien. Trad. par Edouard Chavannes. [ID D2584].
Suzhou fu zhi.
Simon, G. Eugène. La cité chinoise [ID D2437].
Tchang, Mathias. Tombeau des Liang [ID D21516].
Textes philosophiques : confuciisme, taoïsme, buddhisme. Trad. par Léon Wieger. [ID D1782].
Textes historiques. Trad. par Léon Wieger. [ID D1740].
Tschepe, Albert. Histoire du royaume de Ou [ID D21510].
Wieger, Léon. Caractères chinois [ID D2641].
Wieger, Léon. Folklore chinois moderne [ID D2843].
Wieger, Léon. Histoire des croyances religieuses [ID D3025].
Yao, Jin'guang ; Qian, Baotang. Fuzhou shi yu wen zi suo jian lu. (Shanghai : Guo cui xue bao she, 1912). [Inscriptions Sichuan]. [Hat Segalen ev. nur als Referenz angegeben].
1904-1919
Victor Segalen : Sekundärliteratur allgemein.1975Eva Kushner : Victor Segalen conceived during his stays in China the ambition of translating through verbal means the forms of painting and sculpture.…
Victor Segalen : Sekundärliteratur allgemein.
1975
Eva Kushner : Victor Segalen conceived during his stays in China the ambition of translating through verbal means the forms of painting and sculpture. This aesthetic probing into correspondences between the arts might have occurred independently of his Chinese experience ; however, is that it was on the contary stimulated, enriched and channelled by concepts of Chines origin.To speak of Chinese 'influences' upon his poetry apart from this aspect would therefore be to isolate the intercultural process which occurs in his poetry as well as in his aesthetic thought from their very main-springs : the vision of a creative tension between the imaginary and the real. Any correspondence we can look for proceeds, not directly from Chinese reality and experience to the imaginary transformation in Segalen's poetry, but from his knowledge of Chinese works of imagination, permeated by Chinese thought, to the creations of his own imagination ; and as such they can help us to understand the intercultural and interlingual dynamics of the poetic process as it occurs in the poetry of those who have stood at the cross-roads of the history of nations.
Segalen’s ambition is to let his apperception of the world, and especially of his Chinese discovery. His aesthetic and ethic of travel in time and space rests upon an exaltation of otherness, complementary to the cultivation of individualism. To ensure that he will discover China in the objective and naturalistic way he claims is appropriate to the discovery of the wholly other he will, in fact, become a sinologist, learn the language, undertake several archaeological explorations, and write a book on Chinese scupture. To him, China is part of the real, an immense domain which it is for man to enjoy and to transform through his imagination. It is to be noted that the dialectic of reality and imagination assumes in his mind the form of a Chinese symbolic seal. The taoist and buddhist conception of unity in diversity, and of the identification of the particular with the universal, was attractive to Segalen inasmuch as he would not see diversity abolished, but on the contrary, esasperated and intensified, though he too views it in the wide context of a universal process. There is nothing self-denying in Segalen's ethical philosophy, and it would be wrong to claim that he ever agreed with much of buddhism. What he does admire in Siddharta is the immense human energy required to overcome the human in himself because, as he expresses it, 'man is something that should be overcome'. To him Siddharta represents this supremely human overcoming, but his motivation does not coincide with that of buddhism, nor for that matter with the ultimate motivation in taoism. For the taoist, sympathy for the created follows the attainment of what constitutes the experience of non-being : the illumination and the simplicity. Segalen's apprehension of tao remains solely intellectual. It is at the level of universal sympathy and of its manifestations that he shows a striking kinship with the taoist conception. Tao cannot be expressed but its infinitely diverse manifestations can be ; and it is, furthermore, in this realm of signs that poetry assumes its place.
The stele, originally a funeral monument meant to carry an inscription, and which Segalen translates into lapidary poetry, can serve as a prime example of the importance of signs in a world where, since being is unknowable, man is surrended and guided by signs alone, poetry being, a network of signs in the second degree, corresponding to the first and yet self-subsistent. There is a striking convergence between Segalen's thought and its basis in the Chinese respect for the sign, on the one hand ; and on the other hand the present-day emphasis on the relative freedom of signifier from signified. On the latter, that is, in regard to the involvement of personal ethics in the process of creation, it would rather seem that Segalen with his antecedents including the Chinese stands at the end of a long tradition. For him, in conformity with taoist thought, the work of art could not exist without the personal commitment of the artist, which the poem communicates to the reader.
Segalen's context appears to be that of Oriental spirituality, pertaining more particularly to the taoist doctrine of the mutual abolition of opposites, rather than tat of Western philosophical speculation.

1990
Anne-Marie Grand : La Chine va offrir à Victor Segalen la mise en scène de ces impressions personnelles. Deux éléments de la civilisation chinoise vont être, dès d'abord, fondamentaux : l'architecture et l'écriture. Deux inscriptions, à la pierre et au pinceau, à partir desquelles va se construire un univers symbolique. La Chine de Segalen est 'une vision de la Chine', comme il le confiait à Debussy et comme il l'a maintes fois répété. Le palais impérial devient un chef-d'oeuvre d'ordre, d'harmonie, d'équilibre. Mystérieux certes, mais d'un mystère fondamental, celui de l'être et du pouvoir. Il convient de reprendre l'itiniéraire intellectuel de Segalen pour y mesurer comment la Chine, et quelle Chine, se transforme en univers littéraire. Si l'architecture et l'écriture en sont les deux éléments dominants, il en est un troisième, tout aussi essentiel quoique plus diffus, l'impact de la pensée taoïste. Elle ne se présente jamais sous la forme d'une philosophie élaborée, plutôt comme une vision poétique qui viendrai corroborer certaines intuitions.
L'écriture en Chine est un art, non seulement art littéraire mais aussi art pictural. Ou plutôt comme l'écrit Segalen, une 'sorte d’art, ni peinture, ni littérature, vraiment inconnu à l'Europe'. La calligraphie a ses maîtres, fait l'objet d'un enseignement et peut s'apprécier en deça du sens, même si c'est en perdant un des éléments de sa beauté. C'est à cette présence picturale du caractère, sa compacité, l'énigme qu'il pose, comme s'il était toujours plus chargé de significations qu’un mot alphabétisé, qu'il doit d'avoir séduit de nombreux poètes occidentaux. Que dire alors de celui qui commence d'en percer les arcanes et, comme le narrateur de René Leys découvre 'une architecture et toute und philosophie dans la série ordonnée de caractères'. Pour Segalen, cependant, il s'agit de bien davantage que d'un constat ou d’une admiration esthétique, il s'agit de la confirmation, de la concrétisation d'une intuition, celle de l’autonomie de l'écriture.

2001
Henri Bouillier : La Chine n'était pas une fatalité pour Segalen. Même s'il n'était pas allé en Chine, même s’il avait tout ignoré de sa culture, il n'en aurait pas moins été le poète qu’il fut. Ses convictions auraient été les mêmes, et ses incertitudes, et ses recherches. Simplement, le détour l'eût conduit par d’autres chemins, l'allégorie aurait pris une autre forme, mais l'essentiel, le centre serait resté le même. Il reste que la Chine l'a admirablement servi. Le détour chinois adopté au départ comme un instrument d'exotisme est devenu bientôt le moyen de rejoindre la voie royale. La Chine a permis à cet homme si pudique et si secret d'exprimer son monde intérieur sans l'étaler, ni le galvauder. Il a trouvé dans la Chine l'instrument le plus propre à servir une poésie de voyant. On peut dire en ce sens que toute l'oeuvre 'chinoise' de Segalen est une immense allégorie de son univers de poète, une allégorie grâce à laquelle il pouvait projeter des éclairs dans la nuit ou fixer l'illumination d'un moment.

2003
Qin Haiying : Dans les oeuvres d'érudition de Segalen, comme dans ses textes de création, il formule ici et là des réflexions sur la langue chinoise dans sa particularité grammaticale et stylistique, sur l'écriture chinoise dans sa spécificité graphique et calligraphique ; ses réflexions, basées sur un solide savoir sinologique, ne se cantonnent pourtant pas sur le seul plan philologique, mais d'orientent toujours vers un but précis et qui est ailleurs : mettre au service du fait poétique la leçon de chinois, ou, selon ses propres termes, 'laisser prédominer la Littérature sur la Sinologie'.
Le poète a une connaissance suffisamment riche du chinois pour savoir que l'intérêt poétique de cette langue ne vient pas seulement de son étrangeté à la famille indo-européenne, mais aussi du fait qu'elle porte en elle-même une double différence : le chinois classique et l'écriture chinoise, tous les deux instaurant un rapport d'écart, à l'état naturel, oral, du chinois. Cette double différence interne contient une saveur exotique encore plus authentique et marquera profondément et la théorie et la pratique poétiques de Segalen.
Dans l'oeuvre de Segalen, les caractères chinois ne sont pas seulement revés, remotivés, démontrés, dilués dans le texte français, mais aussi directement présents sur la page de couverture, à la fin du livre, à la même page qu'un poème, sous forme de titre, d'intertitre, de sceau, d'épigraphe, affichant par là leur immédiate étrangeté et participant à la stratégie d'exotisme littéraire. Mais, si, dans ses version manuscrites, Segalen copie toujours lui-même des caractères, il ne laisse jamais apparaître son écriture manuscrite quand il s'agit d'insérer les mêmes caractères dans les textes imprimés. L'écriture chinoise qui figure dans ses livres édités, Stèles et Peintures, est toujours une calligraphie, d'un style scrupuleusement choisi par lui et exécutée par un maître chinois.
1908-1909
Victor Segalen besucht einen Chinesisch-Kurs an der Ecole de langues orientales in Paris und besteht das Dolmetscher Examen der französischen Marine. Durch die Bekanntschaft mit Claude Farrère und…
Victor Segalen besucht einen Chinesisch-Kurs an der Ecole de langues orientales in Paris und besteht das Dolmetscher Examen der französischen Marine. Durch die Bekanntschaft mit Claude Farrère und Henry Manceron beginnt sich Segalen mit der Idee zu befassen, eine Reise nach China zu unternehmen.

Briefe von Victor Segalen an Jules de Gaultier : "Je me suis donc mis à l'étude du chinois. Tout compte fait, j'attends beaucoup de cette étude, en apparence ingrate, car elle me sauve d'un danger : en France, et mes projets actuels menés à bout, quoi faire ensuite, sinon‚ de la littérature ! J'ai peur de la recherche du 'sujet'. Alors que jusqu'ici, c’est toujours le sujet qui s'est imposé et m’a tenaillé jusqu’à son avènement, ou son enkystement provisoire. En Chine, aux prises avec la plus antipodique des matières, j'attends beaucoup de cet exotisme exaspéré."
"Mes études de chinois, servies par le plus lucide des professeurs, ne détonnent pas dans la note exotique, puisqu'elles représentent la pensée, certes, la plus antipodique que je puisse désirer."

Brief von Arnold Vissière an Victor Segalen : "Des leçons de chinois données par un jeune homme originaire de Han-k'eou pourront vous être utiles, si vous ne perdez pas de vue que sa prononciation diffère parfois de celle de Pékin et s'il s'applique à vous parler dans son meilleur Kouan-houa (langage mandarin). N'insistez donc pas pour imiter fidèlement sa manière d'articuler les mots ; je vous indiquerai plus tard les nuances à observer, à cet égard, pour prononcer comme les Chinois de Pékin."

Qin Haying : L'examen qu'il subit porte notamment sur la langue chinoise écrite, mais en dehors des cours, il apprend aussi la langue parlée auprès d'un Chinois résidant à Brest, ce qui l'amène à se sensibiliser à la diversité de prononciations dialectales du chinois et le prépare à ses futures méditations sur la différence fondamentale entre le mot dit et le mot écrit.
1908
Brief von Victor Segalen an Saint-Pol-Roux : "Et Lao-Tseu ? Apporte-le, si possible, pour que nous le vénérions."Brief an Henry Manceron : "Le sacré Livre du Vénérable nous le commande d'ailleurs :…
Brief von Victor Segalen an Saint-Pol-Roux : "Et Lao-Tseu ? Apporte-le, si possible, pour que nous le vénérions."
Brief an Henry Manceron : "Le sacré Livre du Vénérable nous le commande d'ailleurs : 'le Tao a produit Un, Un a produit Deux, Deux a produit Trois'. Ici le Tao bien avisé fut l'inestimable ami Henry, qui déclencha avec un flair amical dont je lui reste à toujours reconnaissant toute la série des bonnes et belles choses qui vont suivre : Paris, Départ, Regain d'Exotisme et le plus Extrême des orients !"
Brief an Jules de Gaultier : "Brest ne regorge pas de sinologues ; et le seul chinois, élève au Borda qui eût pu m'être utile prononce le langage mandarin du nor, l'officiel, comme un anglais pressé."
Anne-Marie Grand : Segalen est né de la lecture du Daodejing qu'il appelle 'le livre philosophique de (ses) amours intellectuelles'. La première mention est dans cette lettre à Saint-Pol-Roux.
1909
Segalen, Victor. Lettres de Chine [ID D9511].[Auszüge aus Briefen an seine Frau Yvonne Segalen-Hébert].Paquebot, 26 maiHong-Kong est une chose splendide. Première vision de Chine, car ces monts…
Segalen, Victor. Lettres de Chine [ID D9511].
[Auszüge aus Briefen an seine Frau Yvonne Segalen-Hébert].
Paquebot, 26 mai
Hong-Kong est une chose splendide. Première vision de Chine, car ces monts hautains, aux lignes élégantes et nobles, drapés de brousse verte voilée parfois à mi-seins de collines de l'ombre de nuages, cela, c'est de la terre chinoise, malgré la possession anglaise. J'avoue cependant que ces possesseurs en ont tiré un splendide parti. Dans les eaux limoneuses du Yangtseu, dont on ne voit pas les bords, mais qui roule, dans un estuarie immense, toute la terre qu'il a dérobée au continent.
Chang-hai, 29 mai
Nous sommes arrivés hier à 6 h. ½ en plain Yangtseu, limoneux, mais rosé dans sa fange qui n'est pas sale. Mais Chang-hai n'est pas sur le Yangtseu, mais sur la petite et large rivière Houang-p'ou. Nuit. Jonques aux ailes immenses de chauve-souris. Vapeurs. Lumières. Bruit. Chang-hai. Je débarque au hasard. C'est après-midi, expédition à Zi-Ka-wei, l'observatoire célèbre des Jésuites. Tramway commode et rapide à travers une campagne plate, jaune, fertile en diable. Si tant et si bien que les poteaux électrophores semblent y pousser avec une merveileuse facilité.
Chang-hai, 30 mai
Mais Chang-hai cosmopolite m'ennuie déjà. J'ai tous les repères qu'il m'y faut, pour plus tard. Je m'en vais sans regret, vers la Chine, la très vraie, et, dès demain, je passe la nuit à Sou-Tcheou, ville célèbre et célébrée par Marco Polo (entre Chang-hai et Nankin). Je serai à Nankin le 2, à Han-K'eou le 4, à Pékin sans doute le 10.
Sou-Tcheou, 1er juin
Voici donc la vraie Chine. De Chang-hai à Sou-Tcheou, plaine, plaine d'alluvions, mais riche : fermes un peu bretonnes, toits gris à peine chinois. Partout de petits kiosques et du sarrasin dru et brun. Sou-Tcheou, plaine encore. Au loin pourtant des collines qui masquent le lac T'ai-hou, grand lac. Je prends un âne pour foncer vers la Pagode à huit étages que j'aperçois à 2 ou 3 km à l'intérieur des murs. De 5 à 7 h., le tout Sou-Tcheou mondain défile sous mes fenêtres, dans les voitures européennes. Et voici la première image de la femme chinoise sous un profil que je ne lui aurais pas soupçonné : hausse-col noir ou blanc, ou bleu, cheveux plats, tombant verticalement sur les joues.
Nankin, 3 juin
On atteint la ville murée : 38 km de tour de murailles crénelées, une grande porte, et, à l'intérieur, des champs, des rizières, des fermes, des dunes, des forts, des routes, tout, excepté une ville. J'aurais aimé à prolonger mon séjour à Nankin.
Han-K'eou, 7 juin
La ville chinoise est peu intéressante. C'est la vente des porcelaines neuves de l'immense fabrique de King-tö tchen. Que tout ce qui est ancien est plus beau ! On remonte le Yangtseu à 13 noeuds. Depuis Nankin, les collines montent, ondulent, très vertes, très proches des rives. Le fleuve tourne à chaque instant.
Pékin, 12 juin
Han-K'eou m'a donné deux jours immodes et un troisième fort passable. Puis, j'y ai pris pied. Je sais de quoi il en retourne. En deux mots : c'est la place forte à venir du commerce de la Chine, le coeur affairé d'Extrême-Asie.
Le 'rapide' Han-K'eou-Pékin ne part qu’une fois par semaine. Trajet en 30 h pour 1.214 km. D'abord, traversée des Houai-yang chan, collines, puis montagnes ; durant deux heures. Mais ensuite commence l'énorme, l'interminable plaine du Honan, du Cheli ; un champ immense : riz, millet, blé pâle et petit mais si dru ! C'est vraiment la Terre nourricière.
Enfin Pékin. Ma ville. Arrivée à 5 h. du soir. Murailles, grandes murailles. Légation. Tes lettres. Hôtel splendide.
Pékin, 16 juin
Je suis resté deux jours à Tien-Tsin (Tien-Tsin est à 3 H. de Pékin. Voie plate sans intérêt. Pays d'alluvions assez riche). L'après-midi, je me rends au Consulat, et voici Claudel. Froid et aimable d'abord, plus aimable que froid. Tête ronde, yeux porcelaine très vifs ; menton et bouche empâtée comme son parler un peu. Il a reçu mon livre et ma lettres, les a lus. Il me retient longuement. Il m'emmène en voiture pour me montrer Tien-Tsin. D'abord l'église neuve, couronnée des épitaphes des massacrés de 1870. Puis, dans la ville chinoise, vers le temple de Li-hong-tchang, le dernier vice-roi du Tcheli, que l'on vient de écréter dieu.
Claudel me parle ensuite fort à la légère de l'hindouisme, qu'il me semble ne connaître qu'à travers [Jules] Michelet. Mais, comme moi, il est d'emblée en Chine, allé vers le Tao-tö King, l'abyssale pensée du vieux Lao-tseu. Et là encore, il ne la pense qu'à travers une vague traduction ; car, - voici le piquant ! Si [Louis] Laloy et moi avions reconnu, clair comme le jour, l'influence du style chinois écrit, sur sa prose, Claudel m'apprend qu'il 'ne sait pas un mot de chinois'. J'ai employé cette matinée aux visites officielles du corps consulaire.
Pékin, 21 juin
Hier, dans la rue des Libraires où j'ai acheté à bon compte un joli exemplaire du Tao-tö King, livre philosophique des mes amours intellectuelles, et un recueil des poésies de la dynastie des Tang, parmi lesquelles les oeuvres de Li T'ai-po, dont le 'Livre de Jade' donnait quelques pièces.
Pékin 24 juin
A 6 h re-cheval. Aujourd'hui promenade exquise, par un ciel pur, et un soleil doré qui joignait sa chaleur colorante à la couleur des toits jaunes impériaux, tout autour de la Ville Interdite, du fond de laquelle se haussent, par dessus les murailles aux tuiles brunes et rousses comme la paille chaude, des kiosques mystérieux et d'élégants pavillons.
Pékin, 29 juin
Je t'adresse un plan de Pékin où j'ai marqué les principaux endroits et numéroté les portes qui sont les grands repères de la ville. Tu y verras qu'en allant du sud vers le nord, on suit jusqu'au Palais Interdit un chemin qui ne manque pas d'allure : porte sud de la ville chinois puis grande voie entres les Temples du Ciel et de l'Agriculture. Porte 15 (ville Tartare), énorme, de belles couleurs bien que toute neuve ; puis porte 20, Palais Impérial interdit. On n'en voit que les kiosques les plus hauts, tous revêtus de tuiles couleur de moissons mûries. En suivre l'enceinte est ma promenade préférée, le soir, entre 6 h ½ et 8 h. Je monte par la grande voie qui traverse toute la ville Tartare de la porte 14 à la porte 13, je sors par celle-ci, je pousse une pointe au temple de lamas qui perche à l'extrême nord, et je rentre par la porte 12 pour suivre, entre des étangs, des boutiques, sculptées et dorées, les zigzags du mur impérial que surpassent des monticules artificiels. Car Pékin et la plaine environnante n'offrent pas la moindre ondulation. Seulement, à 15 km à l’ouest, les montagnes se haussent.
Pékin, 30 juin
Ce matin, je suis allé à cheval au Pei-t'ang, qui veut dire Temple du Nord, et n'est autre chose que la carhédrale et le séminaire des Lazaristes. Un fois de plus, prendre pour maxime de ne rien accepter sur la Chine que l'on n'ait vérifié soi-même. Si on ne le peut faire, eh bien, ni croire, ni ne pas croire, et se réserver une attitude mixte. L'île de K'ong-t'ong, que toutes les géographies donnent comme française depuis 1860 possède un drapeau vague sur un cimetière français. C'est tout.
Pékin, 3 juillet
J'ai pris le livre de Mgr Favier sur Pékin, dont j'ai eu la bonne fortune de trouver encore un exemplaire en grande édition. Je couvre mon plan chinois de notes nécessaires, pour qu'à la seule inspection, en nous promenant, en voie dans quel faubourg du Pékin actuel se trouvait autrefois la ville de Ki, 1121 avant J.-C., ou celle de Yeou-tcheou, en seulement 900 après.
Augusto [Gilbert de Voisins] est donc arrivé à Tien-Tsin, où je l'attendais, ce matin à 4 h 37.
Pékin, 7 juillet
Les murailles ont 10 à 20 m de largeur, au faîte. Nous les avons suivies jusqu'à la porte 15, la plus belle, monumentale, dorée, bleue et verte. Crépuscule trè doux. Ce matin, belle chose, le Temple du Ciel, ce grand espace blanc que tu vois sur le plan de Pékin, au sud de la ville chinoise. Dans un parc immense de thuyas, les thuyas graves d'une pagode, se parsème toute une tribu fixée de pavillons, de kiosques, de ponts, de portes, et surtout, les trois énormes et circulaires terrasses de marbre, embalustrées de marbre, - dallées de marbre, et n'ayant pour coupole immense que le ciel drapé des nues, de l'autel où l'Empereur vient chaque année sacrifier au firmament.
Pékin, 12 juillet
Je serais parfaitement heureux depuis l'arrivée d’Augusto [Gilbert de Voisins]. Nous nous entendons à merveille et préparons un admirable voyage, et vivons dès maintenant une belle vie satisfaire. Avant-hier nous avons fait notre première promenade aux collines de Pékin. Partis à 7 h avec Yang, l'intendant, un mafou, quatre chevaux, un cuisinier monté sur âne avec sa cuisine et en route bien avant nous, nous sommes arrivés vers 10 h à Pi-yun-sseu, pagode au pied de la montagne. Traversé un village et côtoyé le Palais d'Eté où nous reviendrons à loisir. Pi-yun-sseu, monastère bouddhiste évacué par les bonzes, vide maintenant de gêneurs, et gardé par de discrets acolytes, est une série d’escaliers, de pavillons, de kiosques, d’arcs de triomphe grimpant de la plaine à mi-hauteur de la colline. Nous l'avons couru toute la matinée, et nous y avons trouvé : des choses ignominieuses, et un spectacle inoubliable, obsédant, et Une chose belle : Bouddha nous accorde de nous en rendre maîtres !
Et dans un inoffensif et délabré pavillon latéral, je tombais en arrêt sur ceci : une forme très lourde de poids, très poussiéreuse, très suave. J'en veux balayer la tête, elle me reste à la main... et, essuyée d'un revers, me donne la sensation, le poids et le poli d'une tête Egyptienne... A nous deux nous lavons la statue qui a 60 cm de haut, et nous en tombons immensément amoureux. Quoi faire ? Nous la resalissons avec piété, nous la recouvrons pieusement de terre et de poussière, et nous revenons mélancoliques, à Pékin, avec le sésir furieux de l'obetenir, par quelque moyen.
Pékin, 15 juillet
Voici nos derniers jours : une exquise promenade au Temple de la Grosse Cloche, à 10 km de Pékin. Je sais que l'Empereur accomplit ici des fonctions millénaires et purement chinoises.
Pékin, 21 juillet
Nous partons demain matin pour les tombeaux des Ming et Kalgan. Nous ferons encore une autre excursion, les Si-ling, en chemin de fer également, irons voir le Palais d'Eté.
La Tout du Tambour. La Tour de la Cloche. Surhaussés de leur tertre de terre, entr'aperçus l'un derrière l'autre au travers de leurs arches déformées, ils se jumellent par le site, la sonorité et le nom : Tchong-leou, Kou-leou.
Pékin, 22 juillet
Nous partons donc demain, 23, pour les Si-ling, ou Tombeaux Occidentaux de la dynastie régnante, des Tsing. Départ définitif le 1er août, pour Pao-ting-fou où nous déjeunerons, puis Ting-tcheaou, à mi-route sur la voie ferrée entre Pao-ting et T'ai-yuan-fou. Là, première caravane sur Wou-t'ai-chan. A Wou-t'ai, deux jours pour visiter le monastère qui est une des plus belles lamaseries de Chine. Et quatre jours de descente de Wou-t'ai à Tai-yuan fou. C'est à Tai-yuan seulement que nous formons la caravane, - mules, charrettes ou chambeaux – qui doivent nous mener en plein Kansou. On affirme, dans cette province, une grande famine.
Nan-K'eou, 31 juillet
A Tch'ang-p'ing, première étape, thé, redépart et arrivée après quatre heures pleines de cheval au sud de l'immense plaine encerclée de montagnes que l'ancienne dynastie avait choisie pour sépulture. Le plus noble et le plus puissant en fut Yong-lo, frère du Hong-Wou enterré à Nankin, et dont il détrôna le fils pour s'emparer du trône. Son tombeau est aussi le plus vaste et le plus classique, le plus pur. Le plan en est inévitable : muraille d'enceinte, plâtrée de torchis peint de Rouge. Triple porte, cour, portes, grande pagode au double toit jaune, d'un dessin très beau. Enorme salle de 60 m de long ; colonnade de gros troncs de cèdres de 10 m de haut. Ceci est vraiment de l'architecture. Le tout, au milieu d'un parc. Les autres tombes beaucoup plus petites, mais si reposées, si intimes, si égales et similaires malgré des nuances inattendues. Ce matin, nous sommes sortis d'assez bonne heure de Nan-K'eou (petite ville délabrée, ceinte d'une muraille crénelée) pour remonter en pleine vallée jusqu'à la Passe de Nan-K'eou, porte dans la Grande Muraille. C'est un haut rempart de pierres et de briques, parsemé tous les 100 m de tours de briques crénelées. C'est assez inutile et fort beau. Cela se déroule avec la même puissance à travers monts et plaines. Au nord, c'est encore la Chine politique, mais en réalité c'est déjà toute la Mongolie qui découvre.
Pékin, 8 août
Voici notre tableau de marche pour douze jours :
Partir lundi 9, à 9 h.30. Pao-ting fou, midi. Arriver Ting-tcheou, à 6.
Mardi 10 : Partir Ting-tcheou 10 h. Coucher Fou-Ping.
Mercredi 11 : Fou-Ping à Grand Muraille.
Jeudi 12 : Grand Muraille à Wou-t'aichan.
Vendredi 13 et Samedi 14 : Wou-t'ai-chan. Pagodes. 2.000 bonzes. Monastère.
Dimanche 15 : Wou-t'ai-chan à Wou-t'ai-hien.
Lundi 16 : Wou-t'ai-hien à Tsing-tcheou.
Mardi 17 : Tsing-tcheou à Tai-yuan-fou. Et deux jours passés à Tai-yuan-fou pour former caravane.
Ting-tcheou, 11 août
La partie la plus soignée est toujours la Porte. Celles de Ting-tcheou sont fort belles. Augusto [Gilbert de Voisins] a aperçu quelque chose d'assez saisissant : un mur de 2 m, entourant une sorte de puits de broussailles ; émergeant de tout cela, mais enfoui jusqu'aux genoux, un dos d'homme, les épaules, une tête coiffée du chapeau de cérémonie des Ming. Nous avons escaladé le muretin, sauté à l'intérieur, et nous sommes trouvés nez à nez avec une belle statue mandarinale de bois. Augusto l'a nettoyée de la boue et des feuilles.
Tsieou-yang
13 août. Avons atteint Li-yuan-fou, après deux étapes assez dures, mais fort belles. Nous remontons la vallée du Cha-ho. Le pays est merveileusement divers.
14 août. Arrivée à Che-tsouei – voici la vraie montagne. Le point le plus élevé de notre route d'aujourd’hui est un col de 1.350 m, à l'endroit précis où nous atteignons la Grande Muraille.
15 août. Wou-t'ai-chan est une sorte d'élargissement de la vallée que nous avons remontée six heures durant. Petit village insignifiant, mais, tout autour, tout en haut, étagées à perte de vue au flanc des montagnes, des lamaseries par centaines. Tout au centre, un énorme bulbe blanc de forme à peine nouvelle, c'est la Dagoba hindoue, le reliquaire de maçonnerie venu de l'Inde nord.
16 août. A coté de la grande Dagoba est un autre monastère, plus complexe, plus ascensionnel et plus riche. Il contient un grand édifice blanc à deux étages, un petit temple entièrement en cuivre jaune, deux trous à treize étages faites aussi du même métal, et qui, adossées à la montagne, font flèche vers le haut des monts, couronnés de la plus belle chose : le grand temple des lamas mongols, aux tuiles jaunes rehaussées de petit toits bleu-turquoise.
Tai-yuan-fou, 24 août
Partis de Wou-t'ai-chan très reposés, très ravis des deux jours passés en haute montagne. Mais étape fort dure. De 9 h. du matin à 5 h. du soir. Montons d'abord à un col de 2676 m. d'altitude où nous trouvons toute la flore de l'Engadine, scabieuses, édelweiss. Couchons à Nan-t'ao-t'ou. Départ avec l'aube, et commencée des chemins en Terre jaune. Je n'ai jamais vu d'apparat agricultural plus évident. A Tai-yuan-fou – grande ville aux longues et éternelles murailles crénelées.
Alors, j'avais eu une idée de génie : reprendre le chemin de fer qui raccorde Tai-yuan-fou à la ligne Pékin-Han-K'eou, puis l'embranchement qui va de celle-ci à Honan-fou. Cette dernière ville est la plus proche de toutes de Si-ngan.
26, nous arrivons à Piang-yang-fou le 1er septembre, que nous traversons le Fleuve Jaune le 7, et que le 10 au soir nous couchons à Si-ngang, après avoir fait 650 kilomètres, à une moyenne de 45 par jour.
Tai-yuan-fou, 25 août
Mon Fils du Ciel tient fort bien ses promesses et s'assure un peu tous les jours durant les très longues chevauchées silencieuses. Il aurait cette affabulation : comme héros, un personnage immortel, ou plutôt sans cesse renaissant, phénix du trône, l'Empereur. Première partie : La Chine aristocratique et somptueuse, au faste nombreux, aux raffinements du toucher, des yeux, de tout apparat. Deuxième partie : l'Empereur, tombé du trône et fugitif voit une autre Chine, misérable et précaire, qu'on lui cachait si merveilleusement bien. Son étonnement, ses angoisses. Vive opposition entre la première et la deuxième partie. Sa résolution, s'il redevient Maître, de remédier à tout. Troisième partie : courte, serrée : il a reconquis le trône et son faste. Et tout reprend comme par le passé éternel. Comme matière, toute l'Histoire de tous les Empereurs. Comme drame, la confrontation des deux Chine, impériale et populacière. Comme tissu, quelque chose qu’on n’a pas encore fait : l'histoire humaine d'un héros multiple, changeant et toujours renaissant. Comme exotisme : attitude de cet Empereur en face de son pays. Comme temps d'oeuvrer : quatre ans. Je crois tenir un beau livre.
Yu-ts’eu-bien
29 août. Nous avions enfin pris la grand’route, la vraie grand'route impériale, celle des caravanes de jadis.
7 septembre. Nous voici au coeur de la très vieille Chine. Nous allons d'une ville très vieille à une autre plus âgée encore, Piang-yang-fou. La route monte vers la porte d'entrée, qui, semi-circulaire, se bombe vers l'arrivant. Un couloir en demi-lune, entre deux hautes murailles crénelées, mène aux deux baies latérales. Cour intérieure. Troisième porte, et l'on est enfin dans la ville. Au dedans, ville morte, entièrement morte.
8 septembre. C'est une route connue des muletiers, plus courte que la grande, et qui nous met ce soir à Pou-tcheou, à droite du Houang-Ho, que nous traverserons demain soir à Tong-Kouan.
Tong-Kouan, 11 septembre
Nous avons passé hier le Houang-Ho, changé de province et mis une énorme barrière d'eau jaune entre nous et l'océan. Au lieu de prendre la grand'route, plus longue, j'ai fait suivre le pied des montagnes, les Tchong Kiao. Tong-Kouan est une ville toute en longueur entre monts et fleuve, et lieu de trafic important. Nous serons dans trois jours à Si-ngang-fou.
Houa-tcheou, 14 septembre
On est allé, au petit matin, explorer la route, la grand'route impériale qui mène à Si-ngan-fou. D'abord j'écris sur mon cahier à peau d'âne le compte précis de la journée, étape et tuyaux renseignants, puis sou la rubrique Briques et tuiles un amalgame de fragments, de proses, d'inventions dont je t'envoie parfois des copies, et d'où j'extrais peu à peu ce qui deviendra Le fils du ciel. J'ai cinquante bonnes pages. J'écris sans difficulté, par plaisir, et sans gêne d'une vie si mouvementée. Je me crois dans une exellente période.
Avant-hier soir nous avons couché au Houa-yin-miao, grand temple confucéen situé aux pieds de la célèbre montagne Houa-chan, l'un des cinq monts sacrés de Chine, et le matin nous l'avons visité avec une grande émotion, car le spectacle était fort. En voici quelques échos : "Première cour, peuplée de stèles ; d'un peuple de stèles, sous les thuyas 'graves'. Elles sont innombrables. C'est ici le lieu et le culte des très sacrés et très ancestraux caractères. Immenses, à tenir toute la tablette, ou menus comme les granulations de la pierre ; parfois anguleux et rêches ou bien souples et mordants, éclaboussés encore de l'élan du pinceau, ou si nobles d'être originales, les voici tous, les sphinx à la valeur unique. Il y en a d'épais et d’empâtés. Il y en a de dansants, il y en a de stables, il y en a de vertigineux, où la fougue de tout un art inconnu à l'Europe, tourbillonne. Quand ils restent solitaires, leur sens n'est pas un, mais complexe comme leur histoire. Quand, enchaînés par la logique du discours, ils pendent les uns aux autres, et empruntent leur valeur à ceci, qu'ils sont là, et non pas ici, alors ils forment une trame soudaine, figée pour l'artiste lui-même, et qui n'est plus pensée dans un cerveau mais dans la pierre où ils sont entés. Et leur attitude hautaine, pleine d'intelligence, est un geste de défi à qui leur fera dire ce qu'ils gardent. Ils dédaignent de parler. Ils ne récalment point la lecture ou la voix ou la musique ; ils méprisent les syllabes dont on les affuble au hasard des provinces ; ils n'expriment pas, ils signifient, ils sont."
Ces caractères, j'ai pu tous les emporter, grâce aux estampages que les moines en font avec le plus grand soin : ils enduisent toute la stèle d'encre d’imprimerie, la couvrent de papier qu'ils tapotent, et ils tirent ainsi de merveilleuses épreuves dont j'ai une centaine et que tu verras à Canton. Il y a toutes sortes d'époques.
Si-ngan-fou, 20 septembre
Le plan de Si-ngan est simple : deux longues rues étroites faisant croix, l'une Nord-Su, l'autre, la plus commerçante, Est-Ouest.
21 septembre. Somme toute, on trouve de belles choses. Mais on trouve surtout ceci d'inappréciable en Chine : c'est de sentir à jamais l'art chinois. Puis visite aux Soeurs franciscaines françaises. Et avec les deux missionnaires, pélerinage au célèbre musée des onze mille stèles, le pei-lin, ou 'Fôret des tablettes'. Merveilles, toutes emportables, par honeur, grâce aux admirables estampages dont nous allons choisir des centaines. Résolution d'écrie un Essai très poussé : 'Essai sur les caractères'. Il faut révéler cette sorte d'art, - ni peinture ni littérature, vraiment inconnu à l'Europe. Puis la célèbre stèle Nestorienne, qui raconte toute l'histoire du nestorianisme en Chine, en l'an 735. Vénérable et beau.
Si-ngan-fou, 3 octobre
Nous avons été claustrés tous ces jours-ci par une pluie incessante. Le Wei-ho est débordé et nous barre la route. Ce séjour forcé est un retard surtout ennuyeux parce qu'il recule ton arrivée.
Li-tchouan-bien, 5 octobre
Nous avons pu nous enfuir enfin de Si-ngan-fou.
Ta-yu, 7 octobre
La Terre Jaune a repris, plus excavée, plus tortueuse, plus enchevêtrée que jamais. Comme elle recouvre maintenant des montagnes qui ne nous quitteront plus jusqu'au Kansou, les crevasses sont immenses, et les sentiers passent où ils peuvent. Le paysage se déroule comme un décor. Les routes commencent à se peupler aussi.
Lan-tcheou, 24 octobre
Nous avons franchi la quatrième et dernière montagne à 10 km à pein de Lan-tcheou, après avoir suivi quelque temps le Houang-Ho retrouvé, plus rapide, plus jaune et plus bouillonnant que jamais. Lan-tcheou est au milieu d'un cirque de montagnes de grès rouge, au sud, de terre jaune et très blonde, au nord. Aucun bâtiment remarquable, mais une popoluation mélangée de Tibétains et plus rude que celle des autres provinces nord. L'intérieur de la ville est rigoureusement le même que celui de toutes les grandes villes chinoises. Un peu plus de fourrures, dont peu de belles.
Lan-tcheou, 31 octobre
Lan-tcheou a été beaucoup plus agréable et accueillant que Si-ngang. Ville tout d'abord beaucoup plus pittoresque et dont les remparts dessinent sur la plaine le caractère 'chou', longévité. Montagnes blondes, jaunes et rouges, enclosant une plaine de dix km de long, traversée par le Houang-Ho déjà jaune de boue et déjà tumulteux. Nous avons un aperçu du Tibet beaucoup plus intéressant que celui de Kou-Kou-nor. Tout ce pays est franchement tibétain comme montagnes, gens, produits. Et vraiment, cet énorme plateau, le toit du monde, dont nous allons côtoyer la lisière pendant un mois, méritait un coup d'oeil. A Song Pan nous serons à 3.000 m entourés de troupeaux de yaks, de marchands de Lhassa, de caravaniers du Turkestan et de quelques Chinois échangeurs.
Mon Fils du Ciel bout d'impatience. C’est un projet colossal. Mon roman bouddhiste prend une excellente tournure. Son titre s'est tassé et est devenu : 'Imitation du Bouddha'. Les notes, les désirs d'oeuvres s'accumulent en moi et autour de moi.
Min-tcheou, 8 novembre
Trois jours après Lan-tcheou, on a vu les collines encerclantes se piqueter de rouges et de gris, puis les longues stries verticales et blondes devenir plus dures, et s'horizontaliser, et le sol enfin brunir à l'égal des terres de labour en pays d'Occident. Enfin, les forêts commencent. Le pays est splendide et non plus excentrique. Puis nous avons commencé l'ascension de la grande chaîne qui coupe en deux la Chine, les Tsing-Ling, qui vont se raccorder à l'immense ossature du Tibet. Le versant nord en a été splendide. Enfin, depuis deux jours, nous remontons la très belle vallée du Tao-ho. C'est le premier fleuve que nous voyons bleu et clair. Et nous voici à Min-tchou à peu près au tiers de la route de Tcheng-tou-fou.
Le Fils du ciel prend corps de la façon suivante : je feindrai que le livre soit écrit par l'annaliste officiel de la période Kouang-siu (le dernier Empereur) ce qui me donnera une trame purement chinoise, très serrée, et qui me permettra, partant d'un terrain plus dûr, de sauter plus librement dans les proses intercalées. Le sujet est énorme, je n'en disconviens pas ; personne ne l'a osé jusqu'ici. J'ai cette bonne fortune que la Chine, milieu immense, soit intacte dans les Lettres françaises.
Kieh-tcheou, 17 novembre. A mi-route entre Lan-tcheou et Tcheng-tou.
Deux jours après Min-tcheou ont commencé les gorges du Hei-chouei. Mais d'abord il a fallu traverser le torrent lui-même. Les gorges du Hei-chouei nous ont tenus trois jours entier, et ont été splendide. Nous avons décidément renoncé à Song-Pan.
20 novembre. Nous descendons toujours, et jusqu'à Pi-Keou, la vallée du Hei-chouei, plus large, plus jaune, plus heurté encore.
Pi-Keou 24 novembre
La splendeur des montagnes continue. Enfin nous atteignons Pi-Keou, tête de la navigation sur le Pai-chouei.
Mien-tcheou, 3 décembre
Voici trois jours de jonque, différents et plaisants au possible.Mien-tcheou est la première ville qui, depuis Pékin, nous en ait vraiment donné l'écho, mais en plus 'pays chaud'.
Tcheng-tou-fou, 9 décembre
Départ de Tcheng-tou : 15 décembre, par jonque choisie par le Consulat et qui nous conduira jusqu'à Tchong-King. 17. Arrivée à Kia-ting, sur le Min. Arrêt de 4 à 5 jours pour grimper au mont O-Mei-chan, 3.500 m, célèbre et superbe pélerinage des lamaïstes tibétains. 26. Soui-fou. 31. Tchong-King. 2 jours arrêt. 10 janvier. Yi-tcheng 16 janvier. Han-K’eou.
A bord de l’Aigrette, sur le Min. 18 décembre
Nous avons eu la chance de trouver une excellente jonque. Nous nous sommes embarqués en dehors de la porte Est de Tcheng-tou. Il y a là un canal qui rejoint le Min, plus au sud. Ce canal est exquis. Il se promène dans l'admirable plaine de Tcheng-tou, bientôt rehaussée de collines de terre rouge, de hauts bambous, passe sous ses ponts d'une belle hardiesse, aux cinq arches en dos d'âne, longe un sentier que piétinent les haleurs, et depuis hier, a débouché dans le Min plus majestueux, superbe entre ses coteaux bruns enveloppés de ciel gris.
De Yi-tchang nous prendrons le vapeur d'Han-K'eou et débarquerons à Yo-tcheou pour descendre aussitôt le Tong-ting et Chang-cha. Nous nous arrêtons cinq jours à Kia-ting, pour les consacrer au mont O-Mei, le plus célèbre pélerinage bouddhiste de toute la Chine Occidentale.
Tchong-King, 2 janvier 1910
Au lieu de tourner de Chang-cha à Canton, nous continuons à descendre le Yangtseu jusqu'à Chang-hai, et de là à faire les ports de la côte, Fou-tcheou, Amoy, Hong-Kong.
Tchong-King, 5 janvier 1910
Je ne t'ai pas dit le haut pittoresque de cette ville, bâtie en étagères au coude du Yangtseu qui reçoit le Kia-ling-Kiang, et, d'ici à Yi-tchang va passer entre de splendides montagnes.
Wan-bien, 10 janvier 1910
Nous sommes croisés à tout instant par le cortège lent et lourd des jonques montantes, tirées par des centaines de coolies dans les passages durs. Cette navigation vraiment particulière te plairait infiniment bien qu'elle n’ait aucun rapport avec la mer. Ici l'eau est plus rusée, plus nerveuse. Les bateaux s'accommodent fort bien de cet état différent et se modèlent littéralement selon les fleuves pour lesquels ils sont bâtis.
Pa-tong-bien-Yangtseu, 14 janvier 1910
Le Sin-t'an, que nous avons passé avant-hier, était d'une grande majesté. Les gorges de Kouei-fou sont les plus énormes que nous ayons vues. Tout le long de la rive, villages, pagodes ou grandes villes, et sur la berge, asséchée aux eaux basses d’hiver, toute une population spéciale de haleurs qui a ses règles, sa discipline et ses moeurs.
Chang-hai, 28 janvier 1910
Nous nous sommes arrêtés à Kieou-Kiang infect, et Nankin déplorable : les belles statues d'animaux de Hong-Wou on les a mises en cage ! bois rouge qui les rend odieuses. Nous restons quelques jours à Chang-hai, puis filons sur Tcheou-San, Hang-tchesou. De là à Fou-tcheou, Amoy. J'espère être à Hong-Kong au moins cinq jours avant toit.
En mer, vers Nagasaki, 5 février 1910
Nous étions depuis huit jours à Chang-hai. Tu verras que c'est une ville indifférente à qui n'y cherche pas l’américanisme ou le bazar. Fou-tcheou et Amoy nous tentaient de moins en moins, par comparaison avec Canton, qui nous donnera tout ce que nous y aurions cherché : un grand port du sud, tout plein de trafic, de jonques et de couleurs. Alors tout d'un coup, j'ai eu cette idée de nous rabattre sur le Japon si dédaigné.
Dimanche 6. Nous passons trop peu de temps au Japon pour nous satisfaire, mais bien assez pour nous mettre en main ce qu'il est. Voici ce que nous comptons faire : nous arrêter douze heures à Nagasaki, grand port trop Européen, six heures à Moji, dans le détroit, traverser toute la mer intérieure du Japon, semée d'îles, de baies, de promontoires, atterrir à Kobé. Là, quitter notre bateau, filer sans retard sur Kyoto, la très ancienne capitale du Mikado, la ville sainte du Bouddhisme japonais, y passer deux jours, prendre l'express pour Yokohama et Tokyo, la capitale actuelle, revenir à Kobé, prendre un grand paquebot allemand qui nous met à Hong Kong le 22 ; remonter immédiatement à Canton, et revenir le 27 à Hong-Kong.
1909
Victor Segalen kommt in Shanghai an, reist über Suzhou nach Nanjing bis Beijing.Er schreibt : "Tout ce pays des Sères et de Cathay où je porte ma fortune semble une grosse orange que je palpe et…
Victor Segalen kommt in Shanghai an, reist über Suzhou nach Nanjing bis Beijing.
Er schreibt : "Tout ce pays des Sères et de Cathay où je porte ma fortune semble une grosse orange que je palpe et contourne, avant de goulûment en presser le jus."
"Première vision de la Chine, car ces mont hautains, aux lignes élégantes et nobles, drapés de brousse verte voilée parfaois à mi-seins de collines de l'ombre de nuages, cela c'est de la terre chinoise. La globuleuse Chine comme un beau fruit mûr dont on palpe amoureusement les contours. Une terre tenue dans la vieille ville de Shanghai où abondent les bols de procelaine bleue et le thé fleurant bon."
Er schreibt an Henry Manceron : "Tientsin est une mauvaise patrie. Le Fong chouèi, ici, n’est pas favorable. Il y a des courants souterrains qui ne tarissent pas. On ne va pas à l’encontre de cette géomancie qui fait que certains lieux sont propices et d’autres pas."
"Je crois avoir trouvé une formule assez satisfaisant de l'art des monuments en Chine, simplement en remplaçant la statique que les Egyptiens et les Grecs nous ont appris à y mettre, par une espèce de dynamique à laquelle il ne faut pas ôter son caractère de nomadisme perpétuel."

Anne-Marie Grand : Lorsque Segalen aborde la Chine en juin 1909, ses premiers pas sont d'émerveillement devant un mythe plutôt qu’une réalité. Ce qui l'émeut dans le paysage de Hong-Kong, dans l'arrivée à Shanghai, c'est moins ce qui s'offre à ses yeux que la promesse contenue d’autre chose. Une terre entrevue, lointaine encore.
Suzhou, ses petits ponts de marbres arqués sur un dédale de canaux, ses jardins tant célébrés des poètes, et sa campagne n'éveillent que des réminiscences bretonnes : "fermes un peu bretonnes, toits gris à peine chinois. La pagode, à huit étages, en délabrement mitigé comme bien des choses en Chine". Nanjing et le tombeau de Hongwu. Là s'inaugure la Chine, ou peut-être l'Empire du milieu à tous les sens que Segalen va prêter à cette expression. Cette visite déclenche, comme une lame de fond, toute une méditation esthético-philosophique qui trouvera son aboutissement à Pékin, lors de la visite aux tombeaux des Ming. Ces visites répétées à des tombes, car il passera aussi par cesses des Qing, aux tombeau de Xiling, alimentent et fortifient la vision de la Chine. Aussi comme il n'y a qu’un tombeau dont le modèle reste celui de Hongwu, il n'y a qu'une ville : Beijing.
1909-1910
Segalen, Victor. Briques et tuiles [ID D21834].Er schreibt : Le livre sur la Chine."De quelle tarentule sont-ils donc tous piqués ! 'L'âme chinoise' ! 'La Chine en main' ; 'Toute la Chine en trois…
Segalen, Victor. Briques et tuiles [ID D21834].
Er schreibt : Le livre sur la Chine.
"De quelle tarentule sont-ils donc tous piqués ! 'L'âme chinoise' ! 'La Chine en main' ; 'Toute la Chine en trois cents pages'... Reportons ces titres en Europe, à la France, et savourons leur ridicule précis ! Esprit de Reclus et traités d'instituteurs ! Puis, cette obstination après avoir (non pas sans profit ni finesse toujours) regardé le Chinois, cet entêtement à vouloir fixer à jamais, et ce qu'il est, et ce qu'il n'est pas ! Stupidité audacieuse et boiteuse ! Définir, cataloguer, limiter, classer ! Tout d'abord, toute affirmation chinoise (ou autre, n'est-ce pas) appelle sa négation même... Et dans quel but ? Que ce jeu m'indiffère ! Ceux qu'il l'ont joué furent des gens qui croyaient avoir tout dit en prononçant leurs arrêts comiques. je ne crois pas être de ceux-là."

Yvan Daniel : Segalen, qui prononça décidément un jugement direct ou indirect sur tous les travaux de Paul Claudel, parla de cette vague d'Européens désireux de rendre compte du monde chinois et, bien qu'on ignore si Claudel lui avait parlé de ses projets, les propos qu'il tient évoquent pour nous le travail du Consul.
1909-1910
Victor Segalen reist mit Auguste Gilbert de Voisins von Beijing zur Grossen Mauer, nach Xi'an (Shaanxi), Lanzhou (Gansu), Chengdu (Sichuan), Chongqing (Sichuan), Yangzi, Yichang (Hubei), Hankou…
Victor Segalen reist mit Auguste Gilbert de Voisins von Beijing zur Grossen Mauer, nach Xi'an (Shaanxi), Lanzhou (Gansu), Chengdu (Sichuan), Chongqing (Sichuan), Yangzi, Yichang (Hubei), Hankou (Hubei), Nanjing, Shanghai, Kurzbesuch von Japan und Hong Kong bis Beijing.
1909
Brief von Victor Segalen an Henry Manceron.Er schreibt : "Le caractère chinois ne m'est pas sympatique, ou, du moins, ce que j'en vois autour de mois. Je n'éprouve pour lui ni admiration, même…
Brief von Victor Segalen an Henry Manceron.
Er schreibt : "Le caractère chinois ne m'est pas sympatique, ou, du moins, ce que j'en vois autour de mois. Je n'éprouve pour lui ni admiration, même défiante, ni sentiment de grandeur ou de force. Toutes ses manifestations autour de mois sont frappées d'infantilisme ou de sénilité. Ils pleurent comme des petites filles, se battent comme des roquets, grimacent comme des clowns, et sont irrémissiblement un peuple de laids. J'expecte l’aristocratie que je n'ai fait qu'entrevoir."
1909-1910
Segalen, Victor. Briques et tuiles [ID D21834].Segalen schreibt : "Et, comme un beau fruit mûr dont on palpe amoureusement la forme, notre marche lente mais certaine, contourne d’un sillage distant…
Segalen, Victor. Briques et tuiles [ID D21834].
Segalen schreibt : "Et, comme un beau fruit mûr dont on palpe amoureusement la forme, notre marche lente mais certaine, contourne d’un sillage distant la globuleuse Chine dont je vais si goulûment presser le jus !"
"Hong Kong est une chose splendide. Première vision de Chine, car ces monts hautains aux lignes élégantes et nobles, drapés de brousse verte voilée parfois à mi-seins de collines de l’ombre des nuages, cela, c'est de la terre chinoise, malgré la possession anglaise. J'avoue cependant que ces possesseurs en ont tiré un splendide parti."
"Dépouiller enfin la monumentaire en Chine des deux qualités qu'elle récuse, et dont on s'obstine à l'accabler d'absence : la stabilité, la durée... Reprendre les critiques d'art monumentaire, en substituant aux définitions pesantes et géométriques, tout un cortège de rythmes, d'ondulations, de dynamique et d'impérennité."
"Ailleurs et partout sur les routes, il y a les Stèles. Ce qui s'y inscrit, je le saurai plus tard, et si elles sont mémoriales, ou funéraires, ou votives à quelque 'bon mandarin'. Il est certain qu'elles sont belles, et que leur forme quadrangulaire, surface présentée à l'oeil, solidement verticale, reposant sur la tortue sculpturale et d'une immortalité flagrante se haussant du chef enrichi de la double torsade des dragons dont le centre est un oeil sur le ciel clair – il est certain que cette forme est bellement, purement, classiquement chinoise ; et aussi que les 'Caractères' sont les plus belles figurations symboliques et monumentaires qu'un style ait creusé sur la pierre."
"Il s'agit non point de dire ce que je pense des Chinois (je n'en pense à vrai dire rien du tout), mais ce que j'imagine d'eux-mêmes et non point sous le simili falot d'un livre 'documentaire', mais sous la forme vive et réelle au-delà de toute réalité, de l'oeuvre d'art."

Yvonne Y. Hsieh : Briques et tuiles, a sort of literary diary Segalen kept on his arrival in China and during the first expedition across the country.
1910
Segalen, Victor. Un grand fleuve [ID D21835].Yvonne Y. Hsieh : In the poetic essay the Yangzi is described as 'trouant de ses arcs volontaires l'immense empire rond comme une orange et savoureux…
Segalen, Victor. Un grand fleuve [ID D21835].
Yvonne Y. Hsieh : In the poetic essay the Yangzi is described as 'trouant de ses arcs volontaires l'immense empire rond comme une orange et savoureux comme ce fruit près de la putréfaction'.
1910
Briefe von Victor Segaslen an Claude Debussy.Er schreibt : "On aborde en Chine au moyen de l'Angleterre, Hong-Kong. Beau, mais ce n'est pas ça. On repart, on arrive à Shanghai toujours irrité.…
Briefe von Victor Segaslen an Claude Debussy.
Er schreibt : "On aborde en Chine au moyen de l'Angleterre, Hong-Kong. Beau, mais ce n'est pas ça. On repart, on arrive à Shanghai toujours irrité. Maintenant c'est un peu d'Amérique. On prend l'express pour Pékin (30 heures) et enfin, enfin, l'on est vraiment en Chine, au rendez-vous de toute la Chine, seulement, il faut que l'on sache voir."
Er schreibt nach der kurzen Reise nach Japan : "J’ai retrouvé la Chine ingrate, austère, sévère, que je n'appelle pas prenante, mais dont il me faut attendre beaucoup."
1910-1911
Segalen, Victor. Annales secrètes d'après Maurice Roy.Yvonne Y. Hsieh : Segalen kept this journal in which he noted the incredible revelations of his young friend, who claimed to be an intimate…
Segalen, Victor. Annales secrètes d'après Maurice Roy.
Yvonne Y. Hsieh : Segalen kept this journal in which he noted the incredible revelations of his young friend, who claimed to be an intimate friend of the Regent and the lover of the Empress Dowager. Both in the Annales and in René Leys, Segalen increasingly doubted the stories of the handsome young polyglot, but could never prove in a definitive manner their authenticiy or falseness.
1910 Victor Segalen beginnt in Beijing sein Tagebuch zu schreiben, das auch der Anfang seines Romans René Leys ist.
1910-1912
Segalen, Victor. Le fils du ciel [ID D21486].Segalen schreibt an Yvonne Segalen :Er schreibt über Kaiser Guangxu, die Hauptperson in Le fils du ciel : "Tout sera pensé par lui, pour lui, à travers…
Segalen, Victor. Le fils du ciel [ID D21486].
Segalen schreibt an Yvonne Segalen :
Er schreibt über Kaiser Guangxu, die Hauptperson in Le fils du ciel : "Tout sera pensé par lui, pour lui, à travers lui. Exotisme impérial, hautain, aristocratique, légendaire, ancestral et raffiné. Car tout, en Chine, redevient sa chose. Il est partout, il sait tout et peut tout. Sa capitale ? jardin pour ses yeux. Sa province ? petit parc. Les pays éloignés ? vassaux lointains ; et les peuples d'occident ? ses tributaires respectueux. Je tiens mon Personnage."
"Je reste fidèle au Fils du ciel dont j'ai peur de ne pas t'avoir assez dit l'ampleur et l'intérêt que j'y prends." Alors que d'autre part il y revient chaque fois qu'une oeurve qui l'a évincé d'achève, le manuscrit ne sera jamais terminé.
Er schreibt Claude Debussy en 1910 : "J’ai commencé un Fils du ciel dont le sujet est ridicule d'audace. Mais je n'ai pas oublié qu'aux premiers mots d'Orphée vous m'avez dit : même si l'on s'y casse les os, la chose vaut d'être tentée. Et puis, si je n'osait pas mettre en scène l'étonnante figure de Kouang-siu, mort 'impérialement' il y a deux ans, d'autres le feraient peut-être, et comment !"
Er schreibt an Georges Daniel de Monfreid en 1910 : "Je n’ignore pas que mon projet d'écrire un Fils du ciel qui sera Le livre des annales Kouang-siu est bourré d'audace."
Er schreibt an Jeanne Perdriel-Vaissière en 1910 : "Le dénommé Fils du ciel atteint la centième page, et vivote. Mais que difficile ! Il faut tour à tour faire vivre le vrai Kouang-siu, anémique, imaginatif, plein de révoltes ou de désespoirs, et puis l'étouffer aussitôt pour qu'il ne gène pas son sosie. Je ne veux pas d'un roman historique, et pourtant le cadre m’étreint que je brise tous les jours."
En 1912 il avoue à l'un de ses correspondants : "Je me suis remis à mes annales Kouang-siu qui me tiennent depuis trois ans et sont horriblement dures à écrire : mais je piétine avec rage jour par jour mon carré de besogne."

Sekundärliteratur
Yvonne Y. Hsieh : Le fils du ciel is far more than a simple biography, although it respects in its chronological development the major events in the adult life of Guangxu. For more dramatic impact, events taking place in reality between 1889 and 1908 have been compressed into a time span of roughly five years. Moreover, Segalen's account of the emperor's private life is almost entirely fictional. From the beginning, the narrator is identified as a court annalist names Wu K'o-leang who because of his virtuous character, fine calligraphy, and filial piety has been privately apponted by the empress Dowager to compose the secret annals of the reign of Guangxu.
Where the art of euphemism is freely applied to masking China's dismal situation on the international scene, one senses the annalist's total solidarity with the official position. As a traditional Chinese, he is as concerned with alvaging national pride as the Qing court. However, where euphemism covers up the internal power struggle and the empress Dowager's ruthless persecution of the emperor, the annalist's task understandably becomes more delicate. His uneasy attitude towards the whole affaire of the emperor's arrest and dethronement, for instance, is reflected in the countless contradictions within his text.

Anne-Marie Grand : Ce que retient Segalen de ses premiers contacts avec l'Empire du milieu (architecture, écriture, taoïsme) converge sur un vide où s'absente la figure de l’Empereur. Tout l'indique et l'appelle pour assurer dans ses dimensions réelles et symboliques, la cohérence d'un donné multiforme dans que rien se perde de ses particularités.
Souverain réel dont les Annales dynastiques consignent les actes, c’est en son honneur que s'érige ce qui, en Chine, ressemble le plus à un monument tel que conçu par la culture occidentale, par son ampleur comme par son intérêt esthétique : le tombeau. C'est encore lui la raison dernière de l'ordonnance de la ville, écrin dont il est le joyau. Maître invisible, rentranché derrière les murailles rouges, au coeur de la Cité interdite, il marque d'un point veugle le centre de sa capitale, et par là le centre du monde. De même qu'il est aussi celui par qui les mots adviennent, législatur du langage comme il l'est de l'Empire. Puis, lorsque son règne s'achève, ramené à l'essentiel : des mots, son nom de règne, son nom posthume, porteurs encore de bien des puissances. Enfin, souverain symbolique, il est l'Homme, représentant l'humanité, tout puissant depuis des millénaires.
Aux dires de l'écrivain, le personnage s'est imposé à lui à la suite d'une série de proses que hantait obstinément le 'Fils du ciel'. Ces proses ont été, en partie du moins, confiées aux lettres destinées à Yvonne Segalen avant d'être retravaillées pour prendre place dans Briques et tuiles. Toutes mettent l'accent sur 'l'immensité' du personnage. Or, quand il s'agit de lui donner une apparence historique, l'empereur choisi est Guangxu que Segalen lui-même qualifiera, en 1913, de 'fantôme de souverain, faible, irrésolu, malade'. Qin Shi Huangdi, Chongzhen et d'autres souverains mythiques ou historiques se retrouvent dans les textes de Segalen.
La lecture du Fils du ciel, cette 'Chronique des jours souverains' fournit certains indices sur les raisons d'un tel choix, ne serait-ce que parce que ce qui pourrait être vie et mort de Guangxu, en déborde les cadres et devient und tragédie de l'indicible. Dans la construction du personnage, Segalen suit la conception du pouvoire et les conséquences pratiques qu'elle entraîne. Ses notes, en marge du manuscrit fournissent des informations sur ses textes de référence. La prise du pouvoir effective, le premier acte impérial de Guangxu le contraindra à mesurer ce status de 'fils' comptable devant le Ciel. "Et Nous courbant devant le Ciel, conscient de l'immensité de nos faultes, Nous Nous accusons devant Sa colère en nous offrant à son châtiment."
Quelques semaines après la révélation des tombeaux des Ming, Segalen envisage "cette affabulation : comme héros, un personnage immortel, ou plutôt sans cesse renaissant, phénix du trône, l'Empereur. 1ère partie : la Chine aristocratique et somptueuse, au faste nombreux, aux raffinements du toucher, des yeus, de tout aparat. 2e partie : l'Empereur, tombé du trône et fugitif voit une autre Chine, misérable et précaire, qu'on lui cachait si merveilleusement bien. Son étonnement, ses angoisses. Vive opposition entre la 1ère et 2e partie. Sa résolution s'il redevient le Maître de remédier à tout. 3e partie : courte, serrée : il a reconquis le trône et son faste. Et tout reprend comme par le passé éternel".
C'est aussi une Chine disparue avec la vieille Impératirce Cixi, en 1908, ce qui la rend doublement imaginaire pour l'écrivain. Elle reste à retrouver dans les mémoires, dans les récits, où à reconstruire sur la foi de ce qui aurait dû être.
La Chine imaginaire va devenir, en fait, pour Segalen la Chine réelle parce que plus authentique, plus conforme à son essence exotique et surtout la seule à pouvoir recevoir les investissements qui étaient les siens. Le projet d'un développement en trois parties se maintiendra sur le même rythme : la Cour, la fuite, le retour. L'opposition entre les deux Chine disparaîtra ne laissant pour trace de l'idée initiale que le bref face à face de l'Empereur et d'un mendiant, et la présence des étrangers, témoignant en creux de l'autre Chine, réalité coloniale.
Le récit s'appuie sur les événements du règne reel de Guangxu, qui va de la prise de pouvoir effective, en 1889 à la mort du souverain et de Cixi, en 1908. Le drame de Guangxu se fait métaphore du drame humain, de l'homme en tant qu'individu, priosonnier de ses hérédités tentant de se réapproprier sa vérité particulière sans y parvenir.

Lucie Bernier : L'Empereur de Segalen est un parsonnage en retraite qui fait le vide autour de lui et au sens daoiste du terme, tenera d'être un avec l'Univers et voudra éliminer la division entre le Même et le Non-moi. Comme son titre l'indique, tout est centré sur l'Empereur ou plutôt, tout tourne autour de lui. Les personnages sont historiques à quelques exceptions près (celui de la princesse entre autres) mais même s'ils sont véridiques, là encore les modèles sont tirés de plusieurs autres contemporains et forment une sorte d’amalgames. Les événements romanesques sont basés sur les faits historiques connus à l'époque et l'auteur invente le reste pour les adapter à ses besoins. Ce qui intéresse Segalen, ce n'est pas l'Empereur en tant que tel mais plutôt son rôle imaginaire quasi-mythique. Dans ce livre, l'auteur nous fait part de ses méditations sur l'histoire chinoise et la vie intérieure de l'Empereur. Tout le roman est en opposition entre le réel et le symbolique, car en tant qu'Empereur, seul son rôle importe et ce qu'il incarne tandis que sa personnalité et ses désirs, n'existent pas. Segalen fait donc connaître l'être humain à l'intérieur du rôle que l'Empereur incarne. Pour mieux faire connaître ce Fils du ciel, Segalen fait de lui un poète daoiste qui se retire du monde et vivra dans l'anachronisme en entremêlant sa vie à celle de ses prédécesseurs s'identifiant à eux à un point tel, qu'il s'évanouit à la seul mention de leurs noms.
Du point de vue de la narration, le texte se compose de juxtapositions formées de dialogue et entrecoupées de poèmes et de commentaires, ceux-xi en récit rapporté, de la part de deux chroniqueurs. En général, les poèmes de l'Empereur sont des commentaires ou observations sur les actions qu'il pose ou voudrait poser ou sur ce qui lui arrive. Segalen veut démontrer à quel point l'Empereur est un être prisonnier de son rôle et sans la moindre chance de liberté. Il essaie donc de libérer à travers ses poèmes et la narration de la vie intérieure, l'imaginaire du Fils du ciel.
1910
Segalen, Victor. Manuskript zu Stèles.Qin Haiying : Im Li ji steht : "Le jour du sacrifice, le Prince tirait la victime (un boeuf) ; quand (le cortège) a franchi la porte du temple, on attache (le…
Segalen, Victor. Manuskript zu Stèles.
Qin Haiying : Im Li ji steht : "Le jour du sacrifice, le Prince tirait la victime (un boeuf) ; quand (le cortège) a franchi la porte du temple, on attache (le boeuf) à la stèle."
Im Yi li steht : "Chaque temple a sa stèle, et, par le moyen de l'ombre qu'elle jetait au soleil, on pouvait se rendre comte du temps où l'on se trouvait."
Ces deux passages sont soigneusement notés par Segalen dans son manuscrit et repris avec une légère modification de traduction dans la préface de Stèles. [s. Stèles. Au jour du sacrifice...].
Pour s'initier à la science prestigieuse de l'épigraphie chinoise, il établit une longue bibliographie spécialisée et prend des notes avec une grande précision : "1. Stèle de temple, en pierre, pour attacher la victime, servait aussi de cadran solaire ; 2. Stèle en bois, aux deux extrémités du caveau, portant trou pour treuil qui descendait le cercueil ; 3. Stèle pour graver les actions d’éclat."
1911
Brief von Victor Segalen an Charles Régismanset. Er schreibt : "Nous sommes en pleine révolution chinoise. J'emploie ce terme parce qu'il est mesquinement exact. Il n'y a point deux partis : la…
Brief von Victor Segalen an Charles Régismanset.
Er schreibt : "Nous sommes en pleine révolution chinoise. J'emploie ce terme parce qu'il est mesquinement exact. Il n'y a point deux partis : la dynastie et les massacreurs ou les forcenés. Il y a la dynastie et les reclures de nos révolutionnaires d’antan. D'un côté, à Péking, une tradition vermoulue mais solide de quatre mille années, et l'admirable fiction du pourvoir du Fils du Ciel. De l'autre, des écoliers de cinquante ans, quelques-uns docteurs en médecine ou en agriculture, des écoliers de quinze ans, la 'Chine nouvelle'. Vous comprenez de quel parti je me range. Les uns procclament : 'une République progressive et socialist', les autres répètent : 'Le haut et pur souverain Ciel'. J'avoue que Forme et Puissance ne vont pas de pair. La Cour est faible, hésitante, fuyante. Mais, si j'étais catholique, devrais-je hésiter à me courber devant un pape gâteux ? Le Régent ici, n'est pas gâteux."
1911
Brief von Victor an seine Eltern.Er schreibt : "C'est vraiment la mort de l'ancienne Chine, et même pas une mort à fracas. La république ou ce qui voudra y ressembler sera pire que le syndicat des…
Brief von Victor an seine Eltern.
Er schreibt : "C'est vraiment la mort de l'ancienne Chine, et même pas une mort à fracas. La république ou ce qui voudra y ressembler sera pire que le syndicat des ouvriers des arsenaux de Brest pour la vulgarité de ses programmes, sa naïveté et sa bêtise professionnelle. – J'en serai quitte pour ne plus regarder qu'en arrière."

Bibliografie (24)

Jahr Bibliografische Daten Typ / Abkürzung Verknüpfte Daten
1912
Segalen, Victor. Stèles. (Pei-king : Pei-t'ang, 1912). [Es gibt davon 81 gedruckte Exemplare auf koreanischen Papier, eine Zahl die mit den 9 x 9 Fliesen der dritten Terrasse des Himmels-Tempels in…
Segalen, Victor. Stèles. (Pei-king : Pei-t'ang, 1912). [Es gibt davon 81 gedruckte Exemplare auf koreanischen Papier, eine Zahl die mit den 9 x 9 Fliesen der dritten Terrasse des Himmels-Tempels in Beijing übereinstimmen und 200 auf normalem Papier]. = [2e éd.]. In : Mercure de France (Dec. 1913). = (Paris : G. Crès, 1914). [Enthält 16 zusätzliche Gedichte, total 64, die mit der Zahl der Hexagramme des Yi jing übereinstimmen].
steles.net. (2001).
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1912 Segalen, Victor. Notes bibliophiliques sur l'édition de 'Stèles'. (Pékin : [s.n.], 1912). In : Segalen, Victor. Stèles, Peintures, Equipée (1955). Publication / Seg35
1914
Segalen, Victor ; Gilbert de Voisins, Auguste ; Lartigue, Jean. Mission archéologique en Chine. (1914 et 1917). Vol. 1-3. (Paris : P. Geuthner, 1923-1935).Vol. 1 : La sculpture et les monuments…
Segalen, Victor ; Gilbert de Voisins, Auguste ; Lartigue, Jean. Mission archéologique en Chine. (1914 et 1917). Vol. 1-3. (Paris : P. Geuthner, 1923-1935).
Vol. 1 : La sculpture et les monuments funéraires (provinces du Chan-si et su Sseu-tsch'ouan). Pl. 1-68. (1923). [Shaanxi, Sichuan].
Vol. 2 : Monuments funéraires (région de Nankin), monuments bouddhiques (province du Sseu-tsch'ouan). Pl. 69-144. (1924). [Nanjing, Sichuan].
[Vol. 3-4] : L'art funéraire à l'époque des Han. Vol. 1-2. (1935).
Publication / Séga-Gilb-Lart1
1914
Segalen, Victor. Rapport de M. Victor Segalen sur les résultats archéologiques de la mission Voisins, Lartigue et Segalen. In : Bulletin de l'Académie des inscriptions et belles lettres ; 18. Sept.…
Segalen, Victor. Rapport de M. Victor Segalen sur les résultats archéologiques de la mission Voisins, Lartigue et Segalen. In : Bulletin de l'Académie des inscriptions et belles lettres ; 18. Sept. (1914).
Publication / Seg22
1916 Segalen, Victor. Peintures. (Paris : G. Crès, 1916). [Enthält] : Peintures magiques. Cortèges et trophée des tributs des royaumes. Peintures dynastiques. Publication / SegV12
1921 Segalen, Victor. René Leys. In : Revue de Paris ; 15. März-1. Mai (1921). = (Paris : G. Cres & Cie, 1922). Publication / Séga3
1923-1935
Segalen, Victor ; Gilbert de Voisins, Auguste ; Lartigue, Jean. Mission archéologique en Chine. (1914 et 1917). Vol. 1-3. (Paris : P. Geuthner, 1923-1935). Vol. 1 : La sculpture et les monuments…
Segalen, Victor ; Gilbert de Voisins, Auguste ; Lartigue, Jean. Mission archéologique en Chine. (1914 et 1917). Vol. 1-3. (Paris : P. Geuthner, 1923-1935). Vol. 1 : La sculpture et les monuments funéraires (provinces du Chan-si et su Sseu-tsch'ouan). Pl. 1-68. (1923). [Shaanxi, Sichuan].
Vol. 2 : Monuments funéraires (région de Nankin), monuments bouddhiques (province du Sseu-tsch'ouan). Pl. 69-144. (1924). [Nanjing, Sichuan].
[Vol. 3-4] : L'art funéraire à l'époque des Han. Vol. 1-2. (1935).
Publication / SegV1
1924 Segalen, Victor. La terre jaune. In : Revue des arts asiatiques (1924). Publication / Seg37
1926 Segalen, Victor. Odes. (Paris : Arts et le Livre, 1926). Publication / Séga4
1929
Segalen, Victor. Equipée : voyage au pays du réel. (Paris : Plon, 1929). [Préface signed : Jean Lartigue]. = Segalen, Victor. Voyage ou pays du réel. (Paris : Le Nouveau commerce, 1980). [Bericht der…
Segalen, Victor. Equipée : voyage au pays du réel. (Paris : Plon, 1929). [Préface signed : Jean Lartigue]. = Segalen, Victor. Voyage ou pays du réel. (Paris : Le Nouveau commerce, 1980). [Bericht der Reise 1914 von Zhengzhou bis Kunming ; geschrieben 1915 ; enthält Feuilles de route, geschrieben 1914].
Publication / SegV9
1930
[Segalen, Victor]. Zhongguo xi bu kao gu ji. Feng Chengjun yi. (Shanghai : Shang wu yin shu guan, 1930). Übersetzung von Segalen, Victor ; Gilbert de Voisins, Auguste ; Lartigue, Jean. Mission…
[Segalen, Victor]. Zhongguo xi bu kao gu ji. Feng Chengjun yi. (Shanghai : Shang wu yin shu guan, 1930). Übersetzung von Segalen, Victor ; Gilbert de Voisins, Auguste ; Lartigue, Jean. Mission archéologique en Chine (1914). Vol. 1-3. (Paris : P. Geuthner, 1923-1935).
中国西部考古记
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1958
Segalen, Victor. Thibet. In : La nouvelle revue française ; juin (1958). = Edition intégrale des cinquante-huit séquences ; texte établi, présenté et annoté par Michael Taylor. (Paris : Mercure de…
Segalen, Victor. Thibet. In : La nouvelle revue française ; juin (1958). = Edition intégrale des cinquante-huit séquences ; texte établi, présenté et annoté par Michael Taylor. (Paris : Mercure de France, 1979). [Geschrieben 1918 ; unvollendet].
Publication / Seg18
1962
Hu Pinqing yi shi ji xin shi xuan. Hu Pinqing yi. (Taibei : Zhong guo wen hua yan jiu suo, 1962). [Anthologie französischer Gedichte].[Enthält] : Théophile Gautier, Millevoye, Marceline…
Hu Pinqing yi shi ji xin shi xuan. Hu Pinqing yi. (Taibei : Zhong guo wen hua yan jiu suo, 1962). [Anthologie französischer Gedichte].
[Enthält] : Théophile Gautier, Millevoye, Marceline Desbords-Valmore, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Emile Verhaeren, Paul Claudel, Anna de Noailles, Francis Jammes, Guillaume Apollinaire, Paul Valéry, Victor Segalen, Jean Cocteau, Robert Desnos, Jules Gille, Saint-John Perse, Jules Supervielle, Patrice de la Tour du Pin, Ivan Goll.
胡品清译诗及新诗选
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1967 Segalen, Victor. Lettres de Chine. Présentées par Jean-Louis Bédouin. (Paris : Plon, 1967). [Briefe seiner Reisen in China 1909-1910]. Publication / SegV10
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1972
Segalen, Victor. China : la grande statuaire. Texte établi par A. Joly-Segalen ; postface de Vadime Elisseeff. (Paris : Flammarion, 1972). [Sammlung seiner Beobachtungen während seiner Expeditionen,…
Segalen, Victor. China : la grande statuaire. Texte établi par A. Joly-Segalen ; postface de Vadime Elisseeff. (Paris : Flammarion, 1972). [Sammlung seiner Beobachtungen während seiner Expeditionen, 1914-1917].
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Publication / SegV2
1972 Segalen, Victor. Un grand fleuve. In : Segalen, Victor. Imaginaires : trois nouvelles suivies de fragments inédits. (Mortemart : Rougerie, 1972). Publication / Seg34
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Littérature et Extrême-Orient : le paysage extrême-oriental = Le taoïsme dans la littérature européenne. Textes réunis par Muriel Détrie. (Paris : H. Champion ; Genève : Slatkine, 1999).…
Littérature et Extrême-Orient : le paysage extrême-oriental = Le taoïsme dans la littérature européenne. Textes réunis par Muriel Détrie. (Paris : H. Champion ; Genève : Slatkine, 1999). (Champion-varia ; no 37).
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Les écrivains français du XXe siècle et la Chine : colloque internationale de Nanjin 99' = 20 shi ji Faguo zuo jia yu Zhongguo : 99' Nanjing guo ji xue shu yan tao hui. Etudes réunies par Christian…
Les écrivains français du XXe siècle et la Chine : colloque internationale de Nanjin 99' = 20 shi ji Faguo zuo jia yu Zhongguo : 99' Nanjing guo ji xue shu yan tao hui. Etudes réunies par Christian Morzewski et Qian Linsen. (Arras : Artois presses Université, 2001). (Lettres et civilisations étrangères).
20世紀法國作家與中國 99'南京国际学朮硏讨会
Publication / Morz
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Girard, Thierry. Voyage au pays du réel : voyage au coeur de la Chine en suivant La Grande Diagonale de Victor Segalen ; suivi de "China, la maison du dehors" de Christian Doumet. (Paris : Marval,…
Girard, Thierry. Voyage au pays du réel : voyage au coeur de la Chine en suivant La Grande Diagonale de Victor Segalen ; suivi de "China, la maison du dehors" de Christian Doumet. (Paris : Marval, 2007). [Nachahmung der Reise von Segalen 1914, Zhengzhou bis Kunming].
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2008
Saussy, Haun. Impressions de Chine ; or, How to translate from a nonexistent original. In : Sinographies : writing China. Eric Hayot, Haun Saussy, and Steven G. Yao, editors. (Minneapolis :…
Saussy, Haun. Impressions de Chine ; or, How to translate from a nonexistent original. In : Sinographies : writing China. Eric Hayot, Haun Saussy, and Steven G. Yao, editors. (Minneapolis : University of Minnesota Press, 2008). [Betr. Victor Segalen].
Publication / Seg23
2009 Trutt, Jean Claude. Segalen et la Chine : bibliotrutt.lu. Web / Seg21