“Claudel et l'univers chinois” (Publication, 1968)

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1968

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Gadoffre, Gilbert. Claudel et l'univers chinois. (Paris : Gallimard, 1969). Diss. Univ. de Paris, Faculté des lettres et sciences humaines, 1968. (Clau8)

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1878
Rochechouart, Julien de. Excursions autour du monde [ID D2385].Er schreibt über China : "Les montagnes sont des collines ; les rochers des rocailles, les arbres des arbustes ; rien de simple, de…
Rochechouart, Julien de. Excursions autour du monde [ID D2385].
Er schreibt über China : "Les montagnes sont des collines ; les rochers des rocailles, les arbres des arbustes ; rien de simple, de naturel, de grand. Dans ce paysage, tout est petit, controurné, rabougri, grotesque, et les pagodes jetées çà et là achèvent d'imprimer le cachet à cette nature. Il n'y a pas dans toute la Chine un seul monument, pas un temple, pas une statue, pas un tableau, rien d'élevé, de grand. Ne parlons pas d'esthétique, cette idée ne saurait être traduite en chinois. Mais leurs yeux, au moins, sont ouverts à l'harmonie des couleurs."
1879
Gautier, Judith. Les peuples étranges [ID D21861].Sie schreibt : "En Chine la poésie c'est la clé magique qui ouvre toutes les portes, la marque de noblesse devant laquelle se courbent les front les…
Gautier, Judith. Les peuples étranges [ID D21861].
Sie schreibt : "En Chine la poésie c'est la clé magique qui ouvre toutes les portes, la marque de noblesse devant laquelle se courbent les front les plus hautains, le privilège céleste qui rend inviolable celui à qui il a été confié. L'Empereur lit-il les vers d'un grand poète ? Il est tout à coup transporté de joie, il s'informe de celui qui lui a procuré un si nobel plaisir, lui confie les postes les plus enviés, lui ouvre son palais, et, lorsqu'il entre, descend de son trône et le reçoit debout. L'Empire du Milieu est le paradis des poètes."
"Le Chi-king (Livre des vers) [Shi jing] contient une partie de ces poêmes primitifs. Mais on se demande avec surprise et regret pourquoi le grand Confucius qui a rassemblé pour les sauver de l'oubli ces épaves précieuses, n'a conservé que trois cent cinq chants des trois mille qu'il avait en sa possession. Pourquoi imposer silence à la plupart de ces voix anciennes et les empêcher d'arriver jusqu'à nous ? Sans doute le grave philosophe n'a voulu rendre immortels que les poêmes ayant une portée morale et historique, il a replongé impitoyablement dans l'abîme tout ce qui était seulement descriptif, lyrique ou passionné."
1884
Contenson, Bon Guy de. Chine et Extrême-Orient [ID D21862].Er schreibt : "Dès mon arrivée en Chine, je trouvai les Chinois fort amusants. Ils ressemblent en tous points aux portraits qu'ils nous…
Contenson, Bon Guy de. Chine et Extrême-Orient [ID D21862].
Er schreibt : "Dès mon arrivée en Chine, je trouvai les Chinois fort amusants. Ils ressemblent en tous points aux portraits qu'ils nous tracent d'eux-mêmes sur leurs éventails et leurs écrans, et que nous regardons comme des caricatures."
1889
Exposition universelle Paris.La Chine y était représentée, et aussi l'Indochine et les possessions françaises en contact direct avec les civilisations d'outre-mer. L'empire du Milieu était représenté…
Exposition universelle Paris.
La Chine y était représentée, et aussi l'Indochine et les possessions françaises en contact direct avec les civilisations d'outre-mer. L'empire du Milieu était représenté par un pavillon au triple toit relevé aux angles, qui correspondait d'autant mieux à l'image que l'homme de la rue pouvait se faire de la Chine que son auteur, Charles Garnier, l'architecte de l'Opéra, s'était inspiré des pagodes de paravents, de céramiques et de broderies. Aussi les visiteurs pouvaient-ils lire dans un guide que "l'habitation chinoise répond de tous points à l'idée que l'on s'en fait d'avance". Les visiteurs qui s'attendaient à trouver dans la fausse pagode un déploiement d'oeuvres d'art risquaient de rester sur leur faim. Les négociants cantonais d'étaient limités à ce qu'ils croyaient être le goût du public parisien, et les organisateurs français encourageaient un certain désordre dans la présentation, qui devait faire plus chinois. L'attaché militaire de la Légation de Chine à Paris ne pouvait s'empêcher d'écrire : "Un pêle-mêle d'étuffes, de meubles, d'ivoires, de bambous, de petits bibelots de toutes matières, de toutes formes, de toutes couleurs ; les marchandises n'étant pas exposées par classet et groupes, l'oeil incertain ne sait d'abord où se porter. Cela rassemble assez à l'art incohérent qui jette, comme au hasard, tous les tons de la palette.
1889
Paul Claudel avait eu son premier contact avec l'Asie à l'Exposition [universelle à Paris]. Er schreibt : « J'ai été en contact avec le théâtre chinois pour la première fois à l'Exposition de 1889. »…
Paul Claudel avait eu son premier contact avec l'Asie à l'Exposition [universelle à Paris]. Er schreibt : « J'ai été en contact avec le théâtre chinois pour la première fois à l'Exposition de 1889. »
Gilbert Gadoffre : Exposition, théâtre, musique, restaurants, telles sont les premières découvertes chinoises de Claudel, découvertes de touriste, sans aucune intention d’approfondissement. Il lui a suffi d'avoir vu. Sa curiosité ne va pas jusqu'aux livres. Tout au plus a-t-il feuilleté deux recueils d'adaptations assez lâches, les Poèmes de Chine d'Emile Blémont [ID D21856] et Le livre de jade de Judith Gautier [ID D12659].
1895
Paul Claudel schreibt in der ersten Woche im Hotel in Shanghai : « Je suis tout seul, je n'ai plus de pays, plus de famille, je suis dans l'abandon le plus complet et l'avenir est incertain. Je suis…
Paul Claudel schreibt in der ersten Woche im Hotel in Shanghai : « Je suis tout seul, je n'ai plus de pays, plus de famille, je suis dans l'abandon le plus complet et l'avenir est incertain. Je suis dans un milieu complètement différent, beaucoup plus différent que ne l'était encore l'Amérique, et un avenir, un avenir redoutable pour moi m'attend, en même temps que le passé sombre derrière moi. »
Gilbert Gadoffre : Les consulats étaient le centre de la vie de société, une société riche et brillante, qui dépasse les moyens de Claudel et lui fait remâcher son aversion pour la vie mondaine.
1895 Brief von Paul Claudel an Jules Renard.
"Il n'y a rien de plus beau au monde que le théâtre chinois. Quand on a vu ça, on ne peut plus rien voir."
1895 Paul Claudel kommt in Shanghai an.
1895-1955
Paul Claudel allgemein 1895-1955.Yvan Daniel : L'exotisme « chinois » claudélien n'est ni un exotisme de pacotille ni une croisade assimilant par force l'Asie au monde catholique. Dans toutes les…
Paul Claudel allgemein 1895-1955.
Yvan Daniel : L'exotisme « chinois » claudélien n'est ni un exotisme de pacotille ni une croisade assimilant par force l'Asie au monde catholique. Dans toutes les oeuvres de la période, et même, singulièrement, dans Le Repos du. septième jour, les spécificités authentiques de la culture chinoise - au moins telle qu'elle était comprise à l'époque - sont présentes, et l'effort fourni pour les comprendre est partout visible. Cette volonté de comprendre prend forme dans deux mouvements : le premier consiste à adopter poétiquement le point de vue du Chinois, le second à approfondir l'observation à force de définitions et d'analyses. Voyageur, visiteur, marcheur, spectateur, habitant, poète, dramaturge, diplomate, infatigable lecteur... la multiplication des points de vue et des approches conduit à la production de textes de types différents : rapports consulaires, poésies, drame, études et conférences. Tous les domaines sont alors abordés et liés : économie, histoire, géographie, droit, finance, religion, ethnologie, science, zoologie... Cette multiplication permet, lorsqu'on en considère dans le même temps les différentes parties, de prendre la mesure de la vision holistique claudélienne. Les Cinq Grandes Odes sont en ce sens le moment d'un tournant important, elles contiennent en effet la justification du désir d'unité dans la récapitulation poétique, qui apparaissait déjà implicitement dans certains poèmes antérieurs. Le statut de l'étranger, dans ces conditions, est à la fois magnifié et mis en péril : l'exotisme claudélien est paradoxal. D'une part, l'empire du Milieu est l'objet de tout l'intérêt de l'auteur qui l'habite poétiquement et n'hésite pas à adopter son point de vue pour le mieux comprendre, d'autre part, il est profondément relié à l'« univers indéchirable » et soumis au regard globalisant du poète. L'intérêt porté à la Chine va parfois jusqu'à la fascination mais ne peut bien sûr pas être considéré séparément de la foi catholique de l'auteur, et le rêve de l'unité spirituelle de l'humanité n'est pas séparable du désir de la conversion universelle. De ces ambiguïtés naîtront certaines tensions contradictoires que nous étudierons.
Les fonctions diplomatiques de Claudel sont : Economie, échanges commerciaux, statistiques, analyses, développement des transports, négociation du chemin de fer Beijing-Hankou, l'influence militaire et l'arsenal de Fuzhou, le système politique et le fonctionnement de la société.
Claudel ignore le chinois mais les observations qu'il fait sur le terrain sont complétées par les échanges qu'il peut avoir avec les religieux présents sur place, évidemment for attentifs aux traditions loca.es. Les soirées au Consulat étaient occupées à discuter les coutumes religieuses des Chinois, aussi bien avec les Jésuites qu'avec les missionnaires appartenant à d'autre ordres.
Les allusions aux différentes spritualités de l'Asie – hindouisme, bouddhisme, confucianisme, taoïsme – parcourent toute l'oeuvre claudélienne, de façon apparemment dispersée et décousue : on découvre au fil des textes des analyses, des comparisons, éventuellement des condamnations, mais aussi des analogies, des rapprochements, des condisérations syncrétiques qui peuvent a priori sembler étonnantes. Si l'on rapproche toutes ces allusions pour en faire la synthèse afin de saisir l'ensemble du point de vue claudélien, on est tout d'abord frappé par d'apparentes incohérences, mais elles finissent par se résoudre dans la perspective d'une singulière preparatio evangelica dédiée à l'Extrême-Orient.

Gilbert Gadoffre : Pour un homme qui avait décidé d'aborder la Chine avec ses yeux, les arts plastiques posaient moins de problèmes et moins de pièges que la philologie.
Du bouddhisme il côtoie les monastères et les ermites, les seuls, dans le Fujian, à pouvoir offrir une image de sa vie contemplative, qui croit avoir entendu l'appel du cloître ; mais pour peu qu'il ouvre un livre sur Bouddha ou qu'il prête l'oreille aux propos des missionnaires, il entrevoit dans la quête du Nirvâna un peu de cette complaisance au Néant des philosophes fin de siècle contre laquelle il avait réagi avec violence. Il est également très sensible à la poésie des cultes chinois, à l'omniprésence du sacré dans la ville et dans la campagne, à « ce sentiment partout du surnaturel, ces temples, ces tombeaux, ces humbles petits sanctuaires sous un arbre où le culte se compose d’une bauette d'encens et d’un morceau de papier ; tout cela m'était comestible ». Mais quand il se renseignait sur ces cultes, il ne pouvait que trouver à l'origine des croyances et des superstitions indiscutablement païennes. Aussi courait-il le double risque de fermer les yeux sur certaines incompatibilités, ou bien, en réagissant trop brutalement, d'atteindre dans ses fondements la notion même de surnaturel.

Lucie Bernier : Après quatorze ans en Chine, Paul Claudel ne connaît pas la langue chinoise et n'a donc qu'une connaissance indirecte de la littérature et de la philosophie chinoise. A le lire, on s'aperçoit que l'appropriation des écrits de Laozi de de Zhuangzi dans son oeuvre exprime non seulement l'assimilation d’idées philosophiques vues à travers des traductions, principalement celles du Père Léon Wieger et de Stanislas Julien, mais aussi l'influence d'une littérature populaire chinoise à thème daoiste. La préoccupation de Claudel pour la philosophie daoiste se déroule en deux temps. La première phase consiste en ses premières années en Chine (1895-1909), interrompus par des séjours en France d'une durée respective d'un an en 1900 et 1905. La deuxième phase est marquée par son retour en Asie grâce à l'obtention d'un poste d’ambassadeur à Tokyo de 1922-1927. Ces années au Japon le ramènent dans le temps et peuvent être désignées dans ses écrits comme étant une période de réminiscences de la Chine.
Converti au catholicisme depuis 1886, Claudel sera dans les années suivantes en proie à une crise existentielle et spirituelle qui le laisse dans l'incertitude. Vers les années 1890 qu'il 'découvrira' le dao. Il cherchera dans l'inconnu la confirmation de sa foi. Même si ces connaissances sur la philosophie daoiste sont très limitées, l'influence en est apparante dès la première version de La ville avec des images telles les associations père-ciel / mère-terre. Ces éléments daoistes sont empruntés au chapitre XX du Dao de jing.
Claudel suit le courant européen et au Japon, il relit le Dao de jing tout en élargissant ses connaissances par la lecture dautres livres daoistes tel celui de Zhuangzi, Nan hua zhen jing. L^influence de ce livre inspire plusieurs écrits de Claudel dans lesquels apparaissent en filigrane les éléments reliés à Zhuangzi.
Tout au long de sa vie, Claudel est convaincu de la supériorité de la religion chrétienne. Certes, il idéalise la Chine mais c^est justement parce qu'il se tourne vers son passé qu'il ne peut s'empêcher d'émettre certains commentaires défavorables sur l'état présent de la Chine et sa soi-disant inertie.
1895 Paul Claudel schreibt vor seiner Abreise nach China : « Quitter Paris, quitter ma famille, quitter enfin tout ce qui m'entourait : cela, j'en avais un désir extrêmement violent. »
1895
Briefe von Paul Claudel an Stéphane Mallarmé. « Me voici au milieu de mon papier sans vous avoir encore parlé de la Chine. J'y vis et je m'y plais, mais les pays tropicaux que j'ai vus à mon passage…
Briefe von Paul Claudel an Stéphane Mallarmé.
« Me voici au milieu de mon papier sans vous avoir encore parlé de la Chine. J'y vis et je m'y plais, mais les pays tropicaux que j'ai vus à mon passage ont pour moi un charme que je ne puis oublier. La chaleur du paradis de la vie y est trop forte et la diarrhée qui prend au ventre ceux qui y séjournent trop est comme la dissolution de l'individu qui cède. La Chine est un pays ancien, vertigineux, inextricable. La vie n'y est pas atteinte par le mal moderne de l'esprit qui se consière lui-même, cherche le mieux et s'enseigne ses propres rêveries. Elle pullule, touffue, naïve, désordonnée, des profondes ressources de l'instinct et de la tradition. J'ai la civilisation moderne en horreur, et je m'y suis toujours senti étranger. Ici, au contraire, tout paraît naturel et normal. »
« C’est déjà chose faite, et des esquisses de Pagode, Jardins, Ville la nuit sont déjà en chantier. »
1896
Claudel, Paul. En Chine : Pagode. Ville la nuit. Jardins. In : La revue de Paris, 15 août (1896).Pagode« Je descends de la ricksha et un épouvantable mendiant marque le commencement de la route... Je…
Claudel, Paul. En Chine : Pagode. Ville la nuit. Jardins. In : La revue de Paris, 15 août (1896).
Pagode
« Je descends de la ricksha et un épouvantable mendiant marque le commencement de la route... Je vois la Pagode au loin entre les bosquets de bambous, et, prenant à travers champs, je coupe au court. La campagne est un vaste cimetière. Partout, des cercueils ; des monticules couverts de roseau flétris, et, dans l'herbe sèche, des rangées de petits pieux en pierre, des statues mitrées, des lions, indiquent les sépulture antiques. Les corporations, les riches, ont bâti des édifices entourés d'arbres et de haies. Je passe entre un hospice pour les animaux et un puits rempli de cadavres de petites filles dont leurs parents se sont débarrassés... Il faut d'abord parler de la Pagode proprement dite. Elle se compose de trois cours et de trois temples, flanqués de chapelles accessoires et de dépendances. Le lieu religieux ici n'enferme pas, comme en Europe, unique et clos, le mystère d'une foi et d'un dogme circonscrits. Sa fonction n'est pas de défendre contre les apparences extérieures l'absolu ; il établit un certain milieu, et, suspendu en quelque sorte du ciel, l'édifice mêle tout la nature à l'offrande qu'il constitute. Multiple, de plain-pied avec le sol, il exprime, par les relations d'élévation et de distance des trois arcs de triomphe ou temples qu'il lui consacre, l'Espace ; et Bouddha, prince de la Paix, y habite avec tous les dieux. L'architecture Chinoise supprime, pour ainsi dire, les murs ; elle amplifie et multiplie les toits, et, en exagérant les cornes qui se relèvent d'un élégant élan, elle en retourne vers le ciel le mouvement et la courbure ; il demeurent comme suspendus, et plus la fabrique du toit sera ample et chargée, plus, par sa lourdeur même... De chaque coté de la salle, deux à droite, deux à gauche, quatre colosses peints et vernis, aux jambes courtes, aux torses énormes, sont les quatre démons, les gardiens des quatre plages du ciel. Imberbes comme des enfants, l'un agite des serpents, un autre joue de la viole, un autre brandit un engin cylindrique pareil à un parasol fermé ou à un pétard. Je pénètre dans la seconde cour ; un grand brûle-parfums de fonte, tout couvert d'écriture, se dresse au milieu. Je suis en face du pavillon principal. Sur les arêtes du toit, des groupes de petits personnages coloriés se tiennent debout comme s'ils passaient d’un côté à l'autre ou montaient en conversant... La salle est haute et spacieuse, quatre ou cinq colosses dorés en occupent le fond. Le plus grand est assis au milieu sur un trône... Assis sur le lotus, ce sont les Bouddhas célestes, Avalokhita, Amitabha, le Bouddha et la lumière sans mesure, le Bouddha du Paradis de l'Ouest. A leurs pieds les bonzes accomplissent les rites... Quatre bonzes, juchés sur des escabeaux, médietent à l'intérieur de la porte... »

Ville la nuit
« ...Ce sont des ateliers de menuiserie, de gravue, des échoppes de tailleurs, de cordonniers et de marchands de fourure ; d'innombrables cuisines, d'où, derrière l'étalage des bols pleins de nouilles ou de bouillon, s'échappe un cri de friture ; des enfoncements noirs où l'on entend un enfant qui pleure ; parmi des empilements de cervueils, un feu de pipe ; une lampe, d'un jet latéral, éclaire d'étranges fouillis. Aux coins des rues, au tournant ces massifs petits ponts de pierre, derrière des barreaux de fer dans une niche, on distingue entre deux chandelles rouges des idoles naines... En marche ! Les rues deviennent de plus en plus misérables, nous longeons de hautes palissades de bambous, et, enfin, franchissant la porte du Sud, nous tournons vers l'Est. .. La cité est purement humaine. Les Chinois observent ceci d'analogue à un principe de ne pas employer un auxiliaire animal et mécanique à la tâche qui peut faire vivre un homme... Une fumerie d'opium, le marché aux prostituées, les derniers remplissent le cadre de mon souvenir. La fumerie est un vaste vaisseau, vide de toute la hauteur de ses deux étages qui superposent leurs terrasses intérieures. La demeure est remplie d'une fumée bleue, on aspire une odeur de marron brûlé... Je passe et j'emporte le souvenir d'une vie touffue, naïve, désordonnée, d'une cité à la fois ouverte et remplie, maison unique d'une famille multipliée. Maintenant, j'ai vu la ville d'autrefois, alors que libre de courants généraux l'homme habitait son essaim dans un désordre naïf. Et c'est, en effet, de tout le passé que j’eus l'éblouissement de sortir, quand, dans le tohu-bohu des brouettes et des chaises à porteur, au milieu des lépreux et des convulsionnaires franchissant la double poterne, je vis éclater les lampes électriques de la Concession. »

Jardins
« Il est trois heures et demie. Deuil blanc : le ciel est comme offusqué d'un ligne. L'air est humide et cru. J'entre dans la cité. Je cherche les jardins. Je marche dans un jus noir. Le long de la tranchée dont je suis le bord croulant, l'odeur est si forte qu'elle est comme explosive. Cela sent l'huile, l'ail, la graisse, la crasse, l'opium, l'urine, l'excrément et la tripaille. Chaussés d'épais cothurnes ou de sandales de paille, coiffés du long capuce du 'foumao' ou de la calotte de feutre, emmanchés de caleçons et de jambières de toile ou de soie, je marche au milieu de gens à l'air hilare et naïf. Le mur serpente et ondule, et sa crête, avec son arrangement de briques et de tuiles à jour, imite le dos et le corps d'un dragon qui rampe ; une façon, dans un flot de fumée qui boucle, de tête le termine. – C'est ici. Je heurte mystérieusement à une petite porte noire : on ouvre. Sous des toits suplumbants, je traverse une suite de vestibules et d’étroits corridors. Me voici dans le lieu étrange. C'est un jardin de pierres. Comme les anciens dessinateurs italiens et français, les Chinois ont compris qu'un jardin, du fait de sa clôture, devait se suffire à lui-même, se composer dans toutes ses parties. Ainsi la nature s'accommode particulièrement à notre esprit, et, par un accord subtil, le maître se sent, où qu'il porte son oeil, chez lui... les Chinois construisent leurs jardins à la lettre, avec des pierres. Ils sculptent au lieu de peindre... Assise sur des pilotis de granit rose, la maison-de-thé mire dans le vert-noir du basin ses doubles toits triomphaux, qui, comme les ailes qui se déploient, paraissent le lever der terre.... Je m'engage parmi les pierres, et par un long labyrinthe dont les lacets et les retours, les montées et les évasions, amplifient, multiplient la scène, imitent autour du lac et de la montagne la circulation de la rêverie, j'atteins le kiosque du sommet. Le jardin paraît creux au-dessous de moi comme une vallée, plein de temples et de pavillons, et au milieu des arbres apparaît le poëme des toits... Les Chinois font des écorchés de paysages. Inexplicable comme la nature, ce petit coin paraissait vaste et complexe comme elle. Du milieu de ces rocailles d'élevait un pin noir et tors ; la violente dislocation de ses axes, la disproportion de cet arbre unique avec le pays fictif qu'il domine, - tel qu'un dragon qui, fusant de la terre comme une fumée, se bat dans le vent et la nuée, - mettaient ce lieu hors de tout, le constituaient grotesque et fantastique... »

Gilbert Gadoffre : Les poèmes Pagode, Jardins et Ville la nuit ont été écrits à Shanghai et inspirés par des visites à la ville chinoise. La première partie a un thème obsédant : celui de l'ermite bouddhiste. Ni les motivations religieuses ni les lieux ne sont nommés, mais les itinéraires de promenade favoris de Claudel à Fuzhou passaient par les monastères et les ermitages bouddhistes de l'arrière-pays, comme en témoignent des poèmes tels que Vers la montagne, La mer supérieure, Le temple de la conscience, Décembre, Le contemplateur, La maison suspendue, La source, Libation au jour futur, ainsi que les dernières pages du Repos du septième jour.
Dans Jardins tout suggère des complicités occultes entre la Nature et l'esprit, entre les matériaux naturels et l'art du jardinier chinois, entre les labyrinthes du jardin et 'la circulation de la rêverie', entre l'angle des toits et les mouvements de la danse, entre la structure du jardin et la complexité de la nature.
1896
Brief von Paul Claudel an Stéphane Mallarmé.« J'ai trouvé dans le peuple chinois avec sa salubre horreur de tout changement le peuple selon mon coeur. La Chine devient le seul pays où un individu…
Brief von Paul Claudel an Stéphane Mallarmé.
« J'ai trouvé dans le peuple chinois avec sa salubre horreur de tout changement le peuple selon mon coeur. La Chine devient le seul pays où un individu décent peut vivre sans souffrance. »
1896 Paul Claudel ist Konsul in Fuzhou (Fujian).
1896
Erster Sommeraufenthalt von Paul Claudel in Kuliang (Fuzhou), das ihn inspiriert. Er schreibt Vers la montagne und La mer supérieure. Nach dem Besuch des Temple de la fontaine murmurante schreibt er…
Erster Sommeraufenthalt von Paul Claudel in Kuliang (Fuzhou), das ihn inspiriert. Er schreibt Vers la montagne und La mer supérieure. Nach dem Besuch des Temple de la fontaine murmurante schreibt er Le temple de la conscience.
1896
Paul Claudel sieht sich ein kantonesisches Theaterstück an. Er schreibt darüber : „Je vois une tarte de têtes vivantes, un pavage de crânes et de faces rondes et jaunes, si dru qu'on ne voit pas les…
Paul Claudel sieht sich ein kantonesisches Theaterstück an. Er schreibt darüber : „Je vois une tarte de têtes vivantes, un pavage de crânes et de faces rondes et jaunes, si dru qu'on ne voit pas les membres et les corps ; tous adhèrent, les coeurs du tas battant l'un contre l'autre. Cela oscille d'un seul mouvement. Dans ces grands rassemblements d'hommes que sont les célébrations folkloriques dépeintes dans 'Fête des morts le septième mois' et 'Le Jour de la Fête-de-tous-les fleuves', le Chinois est encore immergé dans la masse : on ne voit que mouvements de foule et actes rituels. Pas un visage humain, mais des barques bondées, des flûtes, des gongs, des pétards, des 'bras de cent pagayeurs nus'. Tout au plus aperçoit-on dans ce tumulte des formes humaines sous des robes de soir : Tout grouille, tout tremble d'une rive à l’autre de sampans et de bateaux, où les convives de soie pareils à de clairs bouquests boivent et jouent ; tout est lumière et tambour. Comme on nous avait montré au théâtre le drame s'agiter sous l'étoffe vivante de la foule, ici la fête a transformé ces hommes et ces femmes en acteurs anonymes d'un grand spectacle de mouvement. »
1896
Paul Claudel schreibt auf einem Blatt die Texte aus Kap. XI und V aus dem Dao de jing, die er vermutlich aus der englischen Übersetzhung von James Legge ins Französische übersetzt hat : "Les trente…
Paul Claudel schreibt auf einem Blatt die Texte aus Kap. XI und V aus dem Dao de jing, die er vermutlich aus der englischen Übersetzhung von James Legge ins Französische übersetzt hat : "Les trente rais de la roue se réunissent en un seul essieu, mais c'est de la place vide que l'usage de la voiture dépend. On fait des vases avec de la terre, mais c'est leur vacuité qui constitue leur usage. Les portes et les fenêtres sont fabriquées pour faire l'appartement, mais c'est de la place vide que l'appartement est fait. L'espace qui est entre le Ciel et la Terre n'est-il pas comparable à un soufflet de forge ? Il se vide et ne s'épuise pas, et il envoie encore de l'air. Beaucoup de paroles épuisent la respiration. Garde ce qui est intérieur."
1897
Paul Claudel schreibt auf den letzten Blättern im Dezember in seine Agenda die chinesischen Zeichen : 大 (da) [Erwachsener], 木 (mu) [Baum]. In Le repos du septième jour schreibt er : "L'homme…
Paul Claudel schreibt auf den letzten Blättern im Dezember in seine Agenda die chinesischen Zeichen : 大 (da) [Erwachsener], 木 (mu) [Baum]. In Le repos du septième jour schreibt er : "L'homme n'est-il pas un arbre qui marche ? Comme il élève sa tête, comme il étend ses branches ver le ciel, C'est ainsi qu’il enfonce ses racines vers la terre." Als drittes Zeichen schreibt er 王 (wang) [König]. Le souverain est l'homme qui relie entre eux le Ciel, la terre et l’humanité.
1897
Briefe von Paul Claudel an Stéphane Mallarmé.« J'ai ouvert, depuis un an, sous le titre Description du pays de l'Est, un carton où je mets mes papiers sur la Chine, notes ou poèmes. »Er schreibt über…
Briefe von Paul Claudel an Stéphane Mallarmé.
« J'ai ouvert, depuis un an, sous le titre Description du pays de l'Est, un carton où je mets mes papiers sur la Chine, notes ou poèmes. »
Er schreibt über seinen Sommeraufenthalt in Guling : « Les dragons et les hydres de la mythololgie chinoise qui montent vers notre plateau des pentes toujours fumantes d'une double vallée. »
1897
Claudel, Paul. Considération de la Cité. MSEr schreibt das Gedicht nach einem Spazierung nach Boyang.Gilbert Gadoffre : Il ne voit plus devant lui des dragons et des hydres, mais des murailles, des…
Claudel, Paul. Considération de la Cité. MS
Er schreibt das Gedicht nach einem Spazierung nach Boyang.
Gilbert Gadoffre : Il ne voit plus devant lui des dragons et des hydres, mais des murailles, des maisons et les tours d’une ville imaginaire.

Quellen (3)

Jahr Bibliografische Daten Typ / Abkürzung Verknüpfte Daten
1936 Claudel, Paul. Choses de Chine. In : Les nouvelles littéraires ; 22 mars (1936). Publication / Clau11
1938
Claudel, Paul. Parmis les bambous ; Sur la rivière ; La pleine lune : autres poèmes d'après le chinois. In : Nouvelles littéraires ; 7 mai (1938). [Nachdichtungen von Walter, Judith [Gautier,…
Claudel, Paul. Parmis les bambous ; Sur la rivière ; La pleine lune : autres poèmes d'après le chinois. In : Nouvelles littéraires ; 7 mai (1938). [Nachdichtungen von Walter, Judith [Gautier, Judith]. Le livre de jade = Pih yuh she shoo. (Paris : Alphonse Lemerre, 1867)].
Publication / Clau22
1995
Claudel, Paul. Livre sur la Chine. Volume réalisé par Andrée Hirschi sous la direction de Jacques Houriez. (Lausanne : L'âge d'homme, 1995). [2e version 1909 ; 3e version 1910-1911. Geschrieben…
Claudel, Paul. Livre sur la Chine. Volume réalisé par Andrée Hirschi sous la direction de Jacques Houriez. (Lausanne : L'âge d'homme, 1995). [2e version 1909 ; 3e version 1910-1911. Geschrieben 1904-1909].
Publication / Clau12

Zitiert von (1)

Jahr Bibliografische Daten Typ / Abkürzung Verknüpfte Daten
2000- Asien-Orient-Institut Universität Zürich Organisation / AOI